hitchhiking Moscou-Lyon en stop

[English version coming soon (Spoiler alert: I’m back home)]

Je fais un petit saut chronologique pour vous annoncer mon retour à la maison ! Et j’en profite pour vous raconter mon trajet en stop pour rentrer de Moscou jusqu’à la maison en racontant les conducteurs et conductrice qui m’ont prise avec eux.

Après deux mois et demi passés en Géorgie afin d’obtenir le sésame : un visa pour la Russie sur invitation personnelle, voilà qu’à peine deux semaines après mon retour en Russie, je me décide à partir précipitamment, à dire au revoir à mes plans de retour en France par les Balkans et les Alpes pour tracer en direction de la France. J’ai en effet eu des nouvelles de ma famille m’annonçant que ma grand-mère ne va plus très bien, et j’ai décidé de rentrer pour prendre soin d’elle et l’aider dans sa vie quotidienne. Mais comme ce n’était pas extrêmement urgent, j’ai décidé de rentrer en douceur avec mon moyen de transport préféré : mon pouce levé.

JOUR 1 : MOSCOU-VILNIUS (LT) – 943 Km

C’est donc à 7h du matin que je me dirige en direction du métro, afin de prendre l’élektritchka, le train de campagne russe, pour me sortir de la capitale. Vers 10h30 je me retrouve 70km plus loin sur la route en direction de la frontière lettonne. Mon objectif : Riga, où je voulais retrouver Walter et Rasma qui m’avaient accueillie à trois reprises l’année précédente. Mon premier conducteur est un livreur qui s’arrête systématiquement lorsqu’il voit des autostoppeurs, et pratique l’autostop lui-même lorsque sa voiture est en panne et qu’il veut se rendre dans sa datcha. Il me dépose une trentaine de kilomètres plus loin, à l’entrée d’une petite ville. Je marche quelques kilomètres pour traverser la ville et mon deuxième chauffeur s’arrête alors : il ne peut m’avancer que d’une dizaine de kilomètres mais quand on fait du stop, il n’y a pas de trop petite distance. On discute bien, il me raconte la déforestation impressionnante qui a eu lieu dans le coin dans les années 90 après la chute de l’URSS pour construire des maisons individuelles : aujourd’hui, plus possible de se perdre dans les bois, on tombe toujours sur une maison au bout de quelques minutes.

Il me dépose au niveau d’une station service, et j’aperçois aussitôt un camion avec une plaque d’immatriculation européenne. Je lève le pouce. Il s’arrête. C’est un camion serbe sur la route du retour, il veut bien m’emmener jusqu’à la frontière lettonne, soit un peu plus de 500km, la chance ! Il m’explique qu’il fait toujours les aller-retours, depuis la Serbie il emmène des fruits, et au retour, ça change toujours. Cette fois, il avait 24t d’acétone (moins le poids du camion). A l’aller, c’était des pommes, mais ça, ça change en fonction des saisons. Quand c’est les fraises, ils partent en général à deux conducteurs afin d’arriver plus vite. Sinon, c’est très solitaire. Mais comme il est le seul conducteur de son camion, il l’aménage à son goût. Il va bientôt y installer la télé. Je lui demande s’il y a encore beaucoup de corruption, et il me dit que oui, mais que c’est mieux comme ça. Par exemple, à la frontière slovako-ukrainienne, ils ne prennent plus de pots-de-vin, et du coup ils ne travaillent plus. Si avant il ne fallait attendre que deux-trois heures, la file peut maintenant durer plus d’une journée ! Et comme ils ne sont pas payés au temps passé mais à la course, autant dire qu’ils préfèrent payer 5 euros et aller plus vite. 5 euros, c’est ce que ça coûte du côté letton pour entrer en UE. Eh oui, notre sacro-sainte UE…

Après avoir marché les 2,5 km jusqu’au poste russe (la longueur de la file d’attente), je traverse comme piétonne la frontière et espère trouver une voiture directement jusqu’à Riga, puisqu’il fait déjà nuit et que je n’aime pas faire du stop la nuit. Mais je me rends compte que ça ne sera pas si facile que ça car il n’y a que très peu de voitures, et je décide donc de monter avec un russe qui se dirige vers Vilnius et de trouver un nouveau chauffeur à partir de la prochaine ville. Mais pas de bol, à l’intersection où je voulais me mettre il n’y avait pas un lampadaire, et comme Vilnius est en soi plus sur ma route que Riga, je décide de continuer tout droit jusqu’à Vilnius, un gros pincement au cœur à l’idée de ne pas revoir mes deux amis. Entre parenthèses, mon chauffeur qui n’avait pas payé de pot-de-vin à la frontière a eu droit à la fouille intégrale de sa voiture et y a perdu quelques heures. C’est autour de minuit que j’arrive à Vilnius où je trouve un petit hostel pas cher pour rester deux nuits afin de me reposer de cette longue journée sur la route.

JOUR 2 : VILNIUS

Comme je suis arrivée bien tard, j’ai décidé de me reposer deux nuits à Vilnius avant de continuer en direction de l’Allemagne. Au cours de mes déambulations dans cette très jolie ville, j’ai passé la frontière vers la république d’Uzupis, ainsi autoproclamée le 1er avril 1997. On doit y entrer avec le sourire et respecter sa constitution, écrite en 2 heures au barlement de la ville. Je vous la mets ci-dessous dans sa version française, à méditer en cette période électorale.Uzupis_constitution_french

Je suis aussi tombée par hasard sur une librairie française rattachée à l’institut français de Vilnius et j’y ai acheté, sur recommandation du libraire, un livre intitulé La saga de Youza, de Youozas Baltouchis, que j’ai dévoré en deux soirées à l’auberge. Il s’agit de l’histoire d’un homme qui, suite à une déception amoureuse, s’installe dans le marais loin de la civilisation afin d’y cultiver la terre. On a ainsi un témoignage très poétique de la Lituanie, de l’entre-deux-guerres à l’après seconde guerre mondiale, avec l’installation du communisme. Je le recommande chaudement.

JOUR 3 : VILNIUS-VARSOVIE (PL) – 479 Km

En partant le matin, j’espérais presque arriver directement à Berlin le soir. Tout commença effectivement (presque) à merveille (à part que j’ai pris le bus dans la mauvaise direction au départ) puisqu’un jeune couple lituanien qui voulait aller passer quelques jours dans les Tatras m’a emmenée directement de Vilnius à Varsovie. Lui a déjà fait énormément de stop et nous avions beaucoup d’histoires à nous raconter. Le temps est passé vite et j’avais l’espoir de me faire déposer à une station essence et continuer directement vers Berlin. C’était sans compter sur les incroyables infrastructures routières polonaises à Varsovie, très bien organisées pour les voitures, mais cauchemardesques pour les autostoppeurs et autostoppeuses. Malgré notre expérience en stop, nous n’avons pas réussi à trouver un bon endroit pour continuer la route pour sortir de Varsovie dans la direction de Berlin, et j’ai finalement décidé de rester une nuit à Varsovie afin de préparer mon voyage vers Berlin pour le lendemain. (Avais-je précisé que je n’avais pas de carte SIM pour l’UE et ne pouvais donc consulter ma bible de l’autostop – nommée hitchwiki ?) J’ai donc marché les 10 Km jusqu’à un hostel que j’avais repéré au cas où afin de me dégourdir les jambes puis j’ai passé la soirée à préparer mon itinéraire, manger des pâtes, et terminer le livre susmentionné.

JOUR 4 : VARSOVIE-BERLIN (DE) – 574 Km

Objectif : arriver avant 18h30 chez Zalando où travaille mon amie Barbara, qui avait gentiment proposé de m’héberger, mais qui, ayant un rencard, ne pouvait me filer les clés dans la soirée.

Grâce à ma bible de l’autostop, je choisis l’option train qui m’emmène à 30 Km de la ville, et où 3 Km de marche m’amèneront à une station service sur l’autoroute qui va à Berlin. Il y avait un grillage autour de la station service pour ne pas pouvoir y accéder depuis l’extérieur, mais il y avait aussi un trou dans le grillage, et c’est donc sans encombre mais sous la pluie que je lève mon pouce sur l’aire d’autoroute. Je me fais conduire sur 80 Km par un homme d’affaires qui parlait encore très bien le russe malgré un manque de pratique. Il était content de le dérouiller un peu pour me raconter sa vision de la Pologne, sa vie de famille et écouter mes anecdotes. C’est ensuite une femme qui emmenait ses enfants dans des thermes avant la rentrée scolaire qui m’a fait faire quelques kilomètres, elle parlait un anglais parfait. Puis deux jeunes m’ont emmené sur une centaine de kilomètres. Ils rentraient d’un voyage d’affaire et en avaient profité pour aller voir un spectacle de cabaret le soir d’avant. Ensuite, un fleuriste m’a fait de la place au milieu de ses fleurs pour m’emmener une quarantaine de kilomètres plus loin. A peine sortie de la voiture, je lève le pouce en apercevant une plaque allemande : la chance me sourit, je suis dans une voiture pour Berlin. Je repasse donc à l’allemand et c’est à grande vitesse (200km/h c’est normal au pays des lobbys de l’automobile) que je me dirige vers la capitale avec … deux gars travaillant chez Zalando! : je devrais être à l’heure pour mon rendez-vous ! Barbara a du mal à le croire quand le portier l’appelle pour lui dire qu’une certaine Elsa l’attend à l’entrée, une bonne heure avant la deadline.

JOUR 6 : BERLIN-CONSTANCE  – 800 Km

Après une belle journée à Berlin avec plus de demis de bières que d’heures de sommeil, je me remets en route en direction de Constance, ville frontière avec la Suisse, afin d’y retrouver ma cousine Reena qui y rendait visite à un ami. Je commence la journée avec beaucoup de chance puisque mon conducteur se rend dans le sud et m’emmène pour plus de 200km, et m’offre le déjeuner avant de me laisser. Puis c’est au tour d’un couple avec leur petite fille de m’emmener ; chez eux ils ont 11 poules qu’ils ont « sauvées » en les accueillant chez eux. Puis c’est un couple de personnes plutôt âgées qui m’emmène pour quelques dizaines de kilomètres. Ils étaient en train d’écouter un livre audio, et je ne saurai jamais qui était le coupable de l’histoire… Viennent ensuite deux jeunes gars qui me déposent un peu avant la jonction entre Ulm et Stuttgart : j’ai peur de rester coincée dans la ville. Bien m’en a pris puisque mon chauffeur suivant était un anglais habitant en Suisse sur la route du retour de Prague d’où est originaire sa femme, et c’est pendant plus de 2h que nous avons pu discuter de tout et de rien. Il était bien content d’avoir quelqu’un pour le distraire de la monotonie de la route, et moi j’étais contente de pratiquer un peu mon anglais puisqu’il n’avait toujours pas réussi à apprendre l’allemand. Pour les 50 derniers kilomètres, c’est un allemand né au Kazakhstan qui m’emmène, et nous parlons ensemble en russe pour notre plus grand plaisir ! Déposée à 3 Km de la ville, la journée n’est pas terminée pour moi puisqu’après une bonne petite marche, je retrouve ma cousine avec qui mon envie de discuter l’emporte sur mon sommeil, malgré 10h de route avec beaucoup de conversation dans les pattes.

Le lendemain, ne me sentant pas prête à reprendre la route, je décide de rentrer avec ma cousine à Esslingen, chez son papa, et je découvre le prix pharamineux d’un billet de train : 27 euros pour 3h et 3 correspondances, je suis bien heureuse de lever mon pouce le reste du temps !

JOUR 9 : ESSLINGEN-BONAZ par LYON – 750 Km

Après m’être bien reposée, je pars direction la maison, encore incertaine de l’itinéraire à suivre, par la Suisse ou l’Alsace, mon premier chauffeur le décidera. C’est un camionneur serbe conduisant un camion slovène, qui va en direction de la Belgique. Il ne m’emmènera qu’une cinquantaine de kilomètres plus loin, après Stuttgart, mais un bouchon et une tempête de neige s’invitent quand même sur notre trajet. Ensuite, c’est un camionneur polonais qui s’arrête (parlant super bien l’anglais !), et m’indique qu’il va effectivement dans la direction de Baden-Baden. Je lui dis alors que ce n’est qu’à titre indicatif et que je me rends en fait en France, en direction de Mulhouse. Ca tombe bien lui aussi. Je pousse à dire jusqu’à Lyon. Il va en réalité jusqu’en Espagne ! Mais la règle interdisant de conduire plus de 4h30 d’affilée l’obligera à s’arrêter pour la nuit à Dole. Mais quelle chance, j’ai trouvé mon conducteur pour près de 400km. Pour info, il avait 24 tonnes de sucre à emmener en Espagne. Et chose très rare qui mérite d’être soulignée, apprenant que je n’étais pas fumeuse, il s’est décidé à ne pas fumer dans son camion, et n’a fait qu’une pause clope en 4h30. J’ai été très agréablement surprise. Le trajet ayant été agrémenté de pluie, de neige, d’un rayon de soleil, de grêle, de neige à nouveau… je décide de chercher un véhicule pour Lyon, quitte à faire un bon détour, cela limitant les risques d’attendre sous un temps pourri, d’autant plus que j’avais eu mes parents au téléphone qui m’ont annoncé y aller pour un match de foot. Après un petit pipi, je me mets au bord de la route et lève mon pouce en direction d’un camion allemand. « –Lyon ?Komm ». Mais le conducteur est en fait un espagnol qui fait toujours les trajets Allemagne-Espagne, l’occasion donc pour moi de dérouiller mon espagnol. J’apprends ainsi qu’à la maison, il est producteur d’huile d’olive (il a d’ailleurs promis de m’en envoyer par la poste) et qu’il a longtemps, dans sa jeunesse, fait les trajets jusqu’en Russie. Mais aujourd’hui, être chauffeur de camion n’est plus ce que c’était. A l’époque, tous se retrouvaient sur les aires d’autoroutes, pour manger, discuter, jouer aux cartes, tandis qu’aujourd’hui quasiment tous sont équipés d’une télé dans leur cabine et ne mettent presque plus le nez dehors. Lui aussi avait 24 tonnes, des produits chimiques. Au retour, il emmènera des tuiles. Par un grand coup de chance, il me dépose porte des Etats-Unis, à seulement 25 minutes de chez ma cousine, ce que je découvre grâce à un gentil partage de connexion à l’arrêt de tram. Hop, il ne me restera plus qu’à passer la soirée avec Ben et Mariane en attendant mes parents qui sont venus me récupérer après le match OL-Juventus.

Soit 3546 Km (bon en vrai ce n’est pas si précis que ça hein!), avec 20 véhicules différents (19 conducteurs et 1 conductrice), 4 langues (toutes m’ont servi sauf le français !), parcourus en 9 jours. Et plutôt en bonne compagnie, non ?

(Maintenant, me voilà confinée, mais joignable. J’ai envoyé une notification par WhatsApp de mon nouveau numéro, pour celles et ceux qui ne l’auraient pas reçue, envoyez-moi un petit message pour le récupérer.)

Pour terminer, une petite photo prise depuis la Pierre-qui-vire, pour vous montrer la beauté du coin par où je vis. Ca vous donnera peut-être des idées de week-end maintenant que les vols sont massivement annulés ?

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A bientôt !

 

 

[ENGLISH VERSION]

I’m jumping a bit ahead in time to tell you I’m back home! And at the meantime, I’ll use this opportunity to tell you the story of my return trip hitchhiking from Moscow back home by telling who were those drivers taking me with them.

After two and a half months spent in Georgia to get the sesam: a visa for Russia with personal invitation, here I am, only two and a half weeks after getting there, deciding to leave Russia a bit in a rush, say goodbye to my plans of coming home walking through the Alps, and go straight back to France. I received news from my family telling me that my grand-mother was not going very well, so I decided to go back to take care of her and help her in her everyday life. But as it was not extremely urgent either, I decided to get home slowly with my favourite means of transport: my thumb up.

DAY 1: Moscow-Vilnius (LT) – 943Km

At 7am I head towards the subway, to get the elektritcha, the Russian countryside train, to get out of the capital city. Around 10:30 I end up 70Km further on the road towards the Latvian border. My aim: Riga, where I intended to rejoin with Walter and Rasma who had welcomed me three times at their place the previous autumn. My first driver was a delivery man who always stops for hitchhikers, and does it himself when his car isn’t working and he wants to get to his dacha. He drops me off some 30Km further, at the entrance of a small town. I walk a few kilometers to get through the town and get my second driver to stop: he can take me only for a few kilometers but while hitchhiking, there is no small distance. We have a nice talk, he told me about the deforestation that took place in the 90s after the fall of the USSR in order to build some private houses: nowadays, it’s not possible to get lost in the woods anymore, you’ll always hit a house in the next few minutes.

He drops me at a petrol station, where I instantly notice a truck with a European plate. I rise my thumb. He stops. It’s a Serbian truck on its way home, and he agrees to take me to the border, that is some 500Km further: lucky me! He explains to me that he always takes fruit from Serbia to Russia but gets different shipments on the way back. That time, he was taking 24 tonnes of acetone. Going there, it was apples, but the fruit changes according to the season. If it’s strawberry time, they usually are two drivers to arrive faster. Otherwise, it’s quite the lonely job. But as he’s the only driver of his truck, he can arrange it to its taste. Soon he’ll put a TV. I ask him if there is still a lot of corruption on the road, he says yes, and thinks it’s better that way. For example, at the border between Slovakia and Ukraine, they don’t take bribes anymore, so that the border controls go much much slower. If before they had to wait for two-three hours, now the line can last for over a day! And as they are not payed for the worked hours, but for the delivery as a whole, needless to say they prefer to pay 5 euros rather than wait for a day. 5 euros, that’s about what it costs to get in on the Latvian side into EU…

After walking the 2.5Km left till the Russian border control (the length of the truck line), I go through as a pedestrian hoping to find a car directly to Riga, as it is pitch dark already and I don’t like to hitchhike during the night. But I realize it won’t be that easy because there are only a few cars, mostly people leaving in the next village after the border, so I get on board with a Russian man heading to Vilnius to get another lift from the next city. No luck however, the intersection I needed doesn’t have any street light and as Vilnius is actually more on my road than Riga, I decide to keep going, with a twinge at the idea of skipping on my friends. Between brackets, my driver didn’t give any bribe at the border and got his car thoroughly checked, losing a couple of hours. I arrived in Vilnius around midnight and found a nice cheap hostel to rest for a couple of nights from this tiring day on the road.

DAY 2 : Vilnius

As I arrived quite late, I chose to stay two nights in Vilnius before continuing my road towards Germany. Strolling through the city, I crossed the border of the Republic of Uzupis, so self-proclaimed on the first of April 1997. You shall enter this Republic with a smile on your face and respect its constitution, written in a couple of hours in the barlement of the city. I present it in English to you here :

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I also randomly stepped by a French bookshop attached to the Institut français of Vilnius and bought, thanks to the advices of the store keeper, a book called Sakme apie Juza (couldn’t find the English title, in French it’s called Youza’s saga) that I devoured in two evenings at the hostel. It’s the story of a man settling in the swamps after a love disappointment and cultivate the land there. It is a very poetic testimony of Lithuania, starting after WWI, through WWII and after, with the installation of communism. I warmly recommend it.

DAY 3 : Vilnius-Warsaw (PL) – 479 Km

When I left in the morning I was almost hoping to arrive in Berlin in the evening. And everything started (almost) perfectly (except that I took the bus in the wrong direction in the beginning) since a young Lithuanian couple heading to the Tatras mountains took me all the way to Warsaw. He was a big hitchhiker as well and we had a lot of stories to share. Time flew and I was hoping to get dropped at a petrol station and continue towards Berlin. But the great polish infrastructures which are very well organized for cars, turned out to be a nightmare for hitchhikers. Despite our experience, we couldn’t find a good spot for me to get out of the city, so I stayed one night in Warsaw and postponed my arrival to Berlin. (Did I mention that I had no SIM card for Europe so that I wasn’t able to check my hitchhiker’s bible, hitchwiki, without wifi?) So I walked the 10K to the hostel I had spotted on the map “just in case” to stretch my legs and spent the evening preparing my trip, eating pasta, and finishing the above-mentioned book.

DAY 4 : WARSAW-BERLIN (DE) – 574 Km

Objective: arrive before 18:30 at Zalando where my friend Barbara was working, in order to get her keys before she would leave for her date.

Thanks to my hitchhiker’s bible, I chose the train option taking me 30Km away from Warsaw and where 3 Km of walking would take me to the petrol station on the highway to Berlin. There was a fence around it to forbid getting in from the outside, but there was also a hole in the fence, so that I went to rise my thumb in the rain with no further problems. My first ride takes me 80 Km further with a business man still talking very fine Russian despite a lack of practice. He was happy to unravel it to share his views on Poland, tell about his family life and listen to my stories. Then, it was a woman taking her two kids to the thermal baths that lead me a few kilometers further, she was speaking a perfect English. Afterwards, I got two young guys coming back from aa business trip, that they had coupled with leisure as they had gone to a cabaret the day before. Then it was a florist that made some room for me in the middle of his plants, and just as I got out of his car I noticed a German plate and rose my thumb: luck is smiling to me and I get in a car to Berlin. I switched back to German and it is at high speed (200Km/h is totally normal in the country of the car lobbies) that I am heading towards Berlin with two guys working for… Zalando ! I should be on time to get the keys. Barbara couldn’t believe it when the doormen called her to say that a girl named Elsa was waiting for her in the hall, more than an hour before the deadline.

DAY 6 : Berlin-Konstanz – 800 Km

After a beautiful day in Berlin with more beers than hours of sleep, I get back on the road to Konstanz, border city with Switzerland, in order to rejoin with my cousin Reena who was visiting a friend of hers there. I start my day with luck since my driver is going in the south and takes me some 200 Km further, and even invites me for lunch before continuing his road. Then, I was taken by a couple and their daughter; at home they keep 11 chickens than they “saved” by welcoming them. They would take more but they reached the limit allowed for city inhabitants. After, it was a rather elderly couple that was listening to an audio book, and I shall never know who was the guilty one… Nevertheless, I keep going with two young men leaving me before the crossroad before Ulm and Stuttgart, as I didn’t want to go further fearing to get stuck in the city. Nice idea since my next driver was an English man living in Switzerland coming back from Prag, the city of origin of his wife, so that we have more than 2 hours together to talk about this and that. He was happy to have someone to distract him from the monotony of the road, and I was glad to practice my English since he didn’t manage to learn German despite 10 years in Switzerland (as you may see, I’m getting low on English…).For the last 50 Km, it is a German that was born in Kazakhstan that takes me with him, so that we talk in Russian for our greatest pleasure! He dropped me 3 Km away from my cousin’s friend’s house, but the day is not over yet since after this nice walk I am more eager to talk than to sleep, despite 10 hours on the road with not much less hours of conversation already.

The next day, not feeling ready to get back on the road, I decide to take a train ticket to go back to Esslingen with my cousin at her dad’s place, and discover how expensive train can be : 27 euros for 3 hours and 3 trains, I’m very happy to be putting my thumb up the rest of the time !

DAY 9 : Esslingen-Bonaz through Lyon – 750 Km

After a good rest, here I am headed home, still unaware of the best itinerary to follow, either Switzerland or Alsace, my first driver shall decide. He was a Serbian truck driver driving a Slovenian truck, on his way to Belgium. Through Alsace it shall be. He took me only for about 50 Kilometers but we still managed to get traffic jam and a snowstorm. Then I get a polish truck to stop. “Baden-Baden ? – Get in”. He turns out to speak perfect English so that I can tell him I’m actually going towards Mulhouse, France. That’s good, he as well. I say that’s actually not my end destination and that I’m going towards Lyon. So is he. He is in fact going to Spain! But the rule forbiding to drive more than 4.5 hours in a row should take him to Dole where he shall spend the night. Anyhow, I found a driver for the next 400Km and I’m super happy. FYI, he was carrying 24 tonnes of sugar to Spain. And one more thing, seldom enough to be mentioned: hearing that I’m not a smoker, he decided not to smoke in the truck and did only one cigarette break. I was incredibly positively surprised. And as on the road we experienced rain, snow, sun, hail, snow again… I decided to make a detour to Lyon rather than go through the small roads directly home, in order to avoid waiting in shitty weather in the middle of nowhere, this being all the more convenient as my parents were planning to go see the football game in Lyon that evening and could take me back. After my pipi break, I’m back on the side of the road and rise my thumb to a German truck. “Lyon? -Komm”; But the driver is actually Spanish and is always going from Spain to Germany and back, the opportunity for me to unravel my Spanish (which is much much worse than my English!). He tells me that at hom, he produces olive oil (I’m waiting a little package by mail) and that for a long time he was going all the way to Russia and back. But today, being a truck driver is not what it used to be. Back then, all would meet on service areas to eat, talk, play cards whereas today almost all of them have a TV in their cabin and don’t put their nose out. He also had 24 tonnes, but he had chemicals. On the way back, he takes tiles. One last time I got lucky as he dropped me at “porte des Etats-Unis” only 25 minutes walk from my cousin’s place, which I discovered thanks to a nice guy sharing his hotspot at the tram station. Hop, I just need to spend the evening with Ben and Mariane waiting for my parents to pick me up after the game OL-Juventus.

In total, 3546 Km (ok, it’s not that precise…) with 20 vehicles, 19 men and 1 woman, 4 languages of communication (only my French didn’t help me!), all that in 9 days. And with a rather nice company no ?

(Now I am in confinement at home, but reachable. I sent a whatsapp notification to update my number, if you didn’t get it you can contact me here to let me know.)

And to finish, a little photo I took at la Pierre-Qui-Vire, to show the beauty of the area where I live. It might give you some ideas for week-ends when freedom will be back on the menu. (see photo)

See you soon!

 

 

 

Armenia – mountains and monasteries

[Version Française disponible plus bas]

A bridge over the river. One girl -me- dancing with her hair finally breathing again! Barev Dzez Armenia!

Armenia, a small country in the mountains, with an alphabet that I didn’t manage to learn in the two weeks I spent there (shame on me), an ex-USSR country still good friend with Russia, meaning a lot of people speaking Russian, meaning « Yay! I can communicate again! ». A country not friend at all with two of its neighbours though: Azerbaijan because of the war (still kind of going on) about the High-Karabagh, mostly populated by Armenians but that the Azeris consider theirs because the Soviets made it a province of Azerbaijan during USSR. (Ahhhh, the Russians of course!). On the other side, Turkey, their long time enemy because of the genocide Turkish people committed on Armenians in 1916 and because of some territory currently belonging to Turkey that Armenians consider as rightfully theirs, including mount Ararat. But let’s save a bit of politics for later.

What I knew about Armenia before was that there were a lot of chess players, a lot of mountains, that it was a Christian country and I was told people were very hospitable. And that’s about it. As it was already October and I wouldn’t be able to go for long hikes in the mountains anymore, and as I’m not a big fan of churching, I was kind of just expecting to play a few chess games in Yerevan and move on to Georgia where I wanted to apply for a Russian visa. But then I discovered myself a passion for Armenian monasteries, who happen to be in the most beautiful places ever, and so I stayed two weeks in Armenia, meeting with the genuinely great hospitality of their people (beware, there is a non written rule there that your host will not let you leave until you’ve put on five kilos). Hitchhiking has never been so easy, as people were stopping without me asking for anything, which got almost annoying on the day I wanted to simply walk. On my second day, I was walking towards Tatev on a very bad road for about 2 hours without seeing anyone when I hear a car coming. Hoping for a lift, I was disappointed to see a very old soviet car packed with wood, so I just stood to let it pass me. However, the driver stops, makes somehow some room for me, and takes me for about five kilometers till the next village. We make a little stop there at his brother-in-law’s cousin (I think), where they feed us, give us some wine and chacha (the local vodka), and then offer me to stay for the night. I gladly accept while my driver goes further with his load of wood. Going for a walk in the little village, I was looking at the cows finding their way back home alone after a day in the fields when a boy notices me, calls his sister, and they start following me. Soon, there were ten asking me a load of questions in armenian, with me answering in russian, english, french with no success until a maybe eleven years old girl speaking russian asks me what I want. I just say that I’m having a walk, and this being said, everybody went home. When I got back home, we had dinner and talked a lot with Oksana, who had lived in Russia but was now back in the village and was longing for a job, like most women in the villages. And some men for that matter.

The next day, I left for my twenty kilometers journey to the Tatev monastery, the monastery itself being not as interesting as the beautiful walk that lead me to it, through fields and forests. And my highlights of the day were actually an old watchtower with beautiful view of the autumn colours and the old Tatev monastery, starting to fall in ruins, but where one monk, Jakob, is permanently living for 5 years already, his beautiful long white beard bearing the testimony of the time spent there. Located in the woods, with delicious spring water, it had a really special atmosphere. My next monastery was the one from Noravank, standing between two big red mountains, absolutely gorgeous. The next day I arrived in Yerevan where I stayed at my friend’s friend’s place, Nareg,  a cool painter that tried to introduce me to abstract art with the help of red wine, half-successfully, and then introduced me to another of his friend, Vadim, a painter too, who was travelling around, so I introduced him to hitchhiking and we visited a couple more monasteries.

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There was the one of Khor-Virap, where allegedly Gregoire, an evangelizer who spent thirteen years in prison until he healed the king and converted him to christianity, converting the whole country at the same time, and making Armenia the first country to adopt christianity. There you can get in the cave where Gregoire was emprisoned (it really is a miracle that he survived for so long) but mostly, you get a splendid view on the Ararat mountain, located only a few kilometers away, in Turkey though. It is allegedly the mountain where Noah landed with his arch by the way, and it is 5165m high. And it is in fact composed of two mounts, the small one resembling the Fuji mount! On our next expedition, we went to the temple of Garni, which is an old Pagan temple from the first century, who was restored in the seventies, although destroyed by the earthquake of 1679. The greatest was to get down to the river, where there are some huge cliffs in the shape of … an organ! (The instrument hein) And on the other side, we went for a further walk to an other ruined monastery, and saw some bear footprints in the snow, which made us rehearse some bear defense techniques in case of an attack. I would try to scare him off to give him a heart attack, and if it doesn’t work, punch him in the nose. Thank you wikihow.

From my stay in Yerevan, my favourite part was definitely the visit of the Paradjanov Museum. Paradjanov was a film maker that didn’t please the Soviet rulers. He spent several years in prison under a few different soviet rulers. That is where he made most of his collages: he had access to super glue and people could send him their broken dishes, so that he would turn them into an artwork. Absolutely brilliant. He also made some films that I cannot recommend yet as I didn’t have time to see them, but I know that I visited one of the places where he shot a part of his most famous movie « The Color of Pomegranates ».

So let’s get back to the nineties. USSR is collapsing. Armenia wants Artsakh back, because it used to belong to Armenia, and Armenians are living there. Azerbaijan wants Artsakh (or High-Karabagh), as the Russians had decided it. The war starts in 1988 and lasts for 6 years, after which Armenia has control over the region. During the war time, the life in Armenia is very hard. Having no diplomatic relations with Turkey and being at war with Azerbaijan, the two neighbours left are Iran and Georgia. As Azeris live in the Georgian border region with Armenia, there was no supply from there either, and Iran had its own problem so there was only a little bit of trade. Armenia was thus mostly isolated and Armenians didn’t have enough ressources to live isolated. People had land but not enough potatoes or wheat to spare some to plant it for the next season. There was electricity two hours per day, except for the first of January where there was electricity the whole day. They would sometimes be obliged to burn their own floor to get a little bit of heat. The situation gets better only after the cease-fire in 1994.

As for the bad relations with Turkey, let’s go back a century back. In 1915, as World War I is keeping most European countries quite busy, the turkish government decides to get rid of Armenians that are starting to have independence desires. They deported and killed around 1.2 million Armenians, that is two-third of the Armenian population living in Turkey at that time. Despite the proofs that there was a planning, in Constantinople, to kill the Armenian people, the Turkish are refusing to recognize this genocide and therefore the relationship between the two country is still bad. (One of my drivers told me that next time I would go to Armenia, Ararat would be theirs again!) 

As for chess, except for a couple of games that I easily won in my last stop in a village, I haven’t found any player. Although chess is a mandatory subject at school with two or three hours per week… Maybe I should be back in the summer when the players meet in the parks?

ցտեսություն!

 

[VF]

 

Un pont qui enjambe la rivière. Une fille -moi- qui danse cheveux au vent ! Barev Dzez l’Arménie !

L’Arménie, un peu pays dans les montagnes, avec encore un alphabet différent que je n’ai même pas réussi à apprendre en pourtant deux semaines sur place (la honte !), un pays de l’ex-URSS encore bien copain avec la Russie, ce qui signifie beaucoup de russophones, ce qui veut dire « Youhouu ! Je peux à nouveau communiquer avec une majorité de la population ! » Un pays pas trop copain avec deux de ses voisins cependant : l’Azerbaidjan à cause de la guerre (toujours un peu en cours) à propos du Haut-Karabagh, région peuplée très majoritairement d’arméniens, mais que les azéris réclament puisque les soviets (encore eux !) en avaient fait une province azerbaidjanaise pendant l’URSS. De l’autre côté, la Turquie, leur ennemi de longue date à cause du génocide qu’ils ont commis sur le peuple arménien vivant dans l’empire Ottoman en 1915-1916, et du rattachement de certaines régions à la Turquie que les arméniens considèrent comme leur dû, notamment le mont Ararat. Mais gardons un peu de politique pour plus tard.

Ce que je savais de l’Arménie avant d’y aller, c’est qu’on y trouve beaucoup de joueurs d’échecs, beaucoup de montagnes, que ce sont des chrétiens et que c’est un peuple accueillant. Et c’est à peu près tout. Et comme on était déjà en octobre et que je ne pourrais m’aventurer dans de longues randonnées dans les montagnes, que je suis pas une grande fan d’églises, je m’attendais à faire quelques parties d’échecs à Yerevan puis de continuer vers la Géorgie où je voulais demander mon visa russe. Mais je me suis finalement découverte une passion pour les monastères arméniens, qui ont l’intérêt de se trouver dans des cadres absolument sublimes. Ainsi, je suis restée deux semaines en Arménie, et ai ainsi pu vérifier les dires sur leur formidable hospitalité (attention, il est une règle non-écrite qu’un hôte ne vous laissera pas quitter sa maison avant que le compteur de la balance n’affiche +5kg). Faire du stop n’a jamais été aussi facile, puisque les voitures s’arrêtaient sans même que je leur fasse signe, ce qui devenait presque embêtant quand je voulais marcher. Exemple : lors de mon deuxième jour en Arménie, alors que je me dirigeais vers Tatev par une route en extrêmement mauvais état sans voir âme qui vive, j’entends une voiture qui approche. Espérant faire un bout de route, quelle n’est pas ma déception en voyant arriver un vieux 4×4 soviétique rempli de bois. Je m’écarte pour le laisser passer, mais le chauffeur s’arrête, me parle 3 minutes, me fait de la place, et m’emmène avec lui pour environ cinq kilomètres jusqu’au prochain village. On fait un petit arrêt chez le cousin de son beau-frère (je crois), où ils nous donnent à manger et à boire, leur vin maison et leur chacha (la vodka locale) maison aussi. Puis ils me proposent de rester pour la nuit, ce que j’accepte volontiers, alors que mon chauffeur reprend la route avec son chargement de bois. Je profite des derniers moments de jour pour aller me promener dans le village et regarde les vaches rentrer chez elles comme des grandes quand un petit garçon me repère, fait signe à sa soeur, et ils commencent à me suivre. Très vite, c’est une dizaine de gamins qui m’assaillent de questions en arménien, avec mes réponses en russe, anglais ou français qui restent tout aussi incomprises jusqu’à l’arrivée d’une fillette d’environ onze ans qui me demande dans un russe parfait ce que je fais ici. Je lui dis que je ne fais que me promener, elle traduit, et tout le monde rentre chez soi. En rentrant chez « moi », le dîner est servi et je parle beaucoup avec Oksana, qui avait vécu en Russie quelques années auparavant, et qui s’ennuie au village où il n’y a pas de travail pour les femmes. Et pas pour tous les hommes non plus d’ailleurs.

Le jour suivant, je les quitte pour une promenade d’une vingtaine de kilomètres jusqu’au monastère de Tatev, le monastère n’étant pas aussi intéressant que la marche qui y mène à travers champs et forêts. J’ai ainsi trouvé sur ma route une vieille tour de garde avec une vue sur les belles couleurs de l’automne et un vieux monastère qui commence sérieusement à tomber en ruines, mais où vit aujourd’hui un vieux moine, Jacob, depuis cinq ans déjà, sa longue barbe blanche témoignant du temps passé sur place. Caché dans la forêt, avec une eau de source délicieuse, il avait une atmosphère très particulière. Le monastère suivant fut celui de Noravank, perché entre deux grandes montagnes rouge, splendide ! Puis je suis allée à Yerevan où j’ai logé chez l’ami de mon ami, Nareg, un peintre assez cool qui a essayé de m’initier à l’art abstrait à l’aide de vin rouge, et m’a présenté à un autre peintre de ses amis, Vadim, qui était de passage dans le coin, à qui j’ai fait découvrir le stop et on a visité quelques monastères de plus par la même occasion.

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Parmi eux, je mentionnerai Khor-Virap, où Grégoire, un évangélisateur, aurait passé treize ans emprisonné jusqu’à ce qu’il arrive à miraculeusement soigner le roi des arméniens, qui s’est alors, avec son peuple, converti au christianisme, faisant de l’Arménie le premier pays chrétien. Dans ce monastère (qui fut construit trois siècles plus tard), on peut descendre dans le trou où il fut gardé mais surtout, par beau temps, on y trouve une merveilleuse vue sur le mont Ararat, tout proche mais pourtant en Turquie. Si vous vous souvenez de vos cours de catéchisme, il s’agit bien de la montagne où Noé se serait posé à la fin du déluge, à quelques 5165m d’altitude. Ce qu’on ignore généralement, c’est que le mont Ararat est en fait composé de deux monts, dont le petit ressemble à s’y méprendre au mont Fuji ! Pour notre expédition suivant, nous sommes allés au temple de Garni, un ancien temple païen construit au premier siècle mais rénové dans les années 70, trois cents ans après le tremblement de terre de 1679 qui l’avait détruit. Encore une fois, le plus grand plaisir de l’excursion vient de la promenade qu’on peut y faire en direction de la rivière bordée de falaises en forme… d’orgue ! Puis on peut traverser la rivière pour aller en direction d’un vieux monastère en ruines, où nous avons vu de belles empreintes d’ours dans la neige, ce qui nous a fait réviser les techniques de self-défense en cas de confrontation avec la bête. Etape numéro un : lui faire peur et essayer de lui causer ainsi une crise cardiaque. En cas d’échec, passer à l’étape numéro deux, qui consiste à lui donner un coup de poing dans le museau. Merci wiki.

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The famous organ/ L’orgue

À Yerevan, je ne saurai recommander assez la visite du musée Paradjanov, à propos de l’artiste cinéaste du même nom qui ne plaisait pas beaucoup aux autorités soviétiques et a donc passé un nombre considérable d’années derrière les barreaux sous différents dirigeants. Mais il avait heureusement le droit de recevoir de la super glue et de la vaisselle cassée et en a profité pour réaliser de superbes collages qui sont exposés dans ce musée. C’est brillantissime ! Il a aussi fait quelques films donc, que je ne peux pas recommander avec autant de ferveur pour la simple et bonne raison que je n’en ai encore vu aucun, mais j’ai visité l’un des lieux de tournages de son célèbre film La couleur de la grenade, et c’était très beau (cf photo dans la partie en anglais).

Mais revenons dans les années 90. L’URSS se disloque. L’Arménie veut récupérer le Haut-Karabagh, puisqu’il appartenait à l’Arménie et est toujours peuplé d’arméniens. L’Azerbaidjan veut le garder puisque les russes en avaient fait une de leur province. La guerre commence en 1988 et dure six ans, jusqu’à un cessez-le-feu qui laisse à l’Arménie le contrôle de la région. Pendant cette guerre, la vie en Arménie fut extrêmement difficile. En effet, l’Arménie n’avait alors relations diplomatiques ni avec l’Azerbaidjan, ni avec la Turquie, et ne pouvait recevoir de vivres depuis la Géorgie car la région frontalière était peuplée majoritairement d’azéris qui ne laissaient pas passer les trains. Et l’Iran, qui avait ses propres problèmes, ne pouvait que modérément commercer avec les arméniens. Ainsi, l’Arménie était très isolée et n’avait pas assez de ressources pour subvenir aux besoins de sa population. Il y avait de la terre disponible, mais pas assez de pommes de terre ni de blé pour pouvoir en planter pour l’année suivant. Il n’y avait de l’électricité que deux heures par jour, à l’exception du premier janvier où elle était disponible toute la journée. Parfois, ils devaient brûler leur parquet afin de se chauffer. La situation ne commença à s’améliorer qu’avec le cessez-le-feu en 1994.

Pour les mauvaises relations avec la Turquie, il faut remonter un siècle en arrière. En 1915, alors que la première guerre mondiale fait rage en Europe, le gouvernement turc décide de se débarrasser des arméniens qui commencent à avoir une population importante et des désirs d’indépendance qui ne plaisent pas. Ils ont ainsi déporté et tué 1,2 millions d’arméniens, soit les deux-tiers de la population arménienne vivant en Turquie à l’époque. En dépit des preuves existantes de la planification de ce génocide depuis Constantinople, les turcs refusent encore aujourd’hui de reconnaître le génocide (principalement pour les indemnisations que cela leur impliquerait de payer au peuple arménien) et les relations entre les deux pays restent froides. L’un de mes chauffeurs m’a cependant affirmé que lors de ma prochaine visite en Arménie, Ararat serait à nouveau sur leur territoire !

Enfin, concernant les échecs, je dois dire que je fus déçue : à l’exception de quelques parties lors de mon dernier stop dans un village que j’emportais sans problèmes, je n’ai pas trouvé de joueurs. Bon j’ai pas excessivement cherché non plus, mais on est loin des joueurs à tous les coins de rue que l’on m’avait promis. Cependant, il est vrai que les échecs sont une matière obligatoire à l’école, à raison de deux ou trois heures par semaine. Je reviendrai l’été !

ցտեսություն!

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Iran – côté pile et côté face / heads and tail

[ENGLISH VERSION BELOW]

Salam !

Ah l’Iran, enfin ! Depuis le temps que je lisais des récits de voyageurs enthousiastes, enfin, c’était mon tour. Vêtue de ma robe longue et mon joli foulard en soie sur la tête, c’est avec un grand sourire que je balbutie mes premiers mots d’iraniens, et déchiffre avec peine leur alphabet. Salam, bienvenue en ۱۳۹۸ : kézako ? Et oui, ici on est en 1398 !

Le début est prometteur, car dès le premier village une famille s’arrête, veut connaître mon histoire, et me propose de me déposer plus loin. Je n’avais pas de plans précis, aussi c’est avec plaisir que j’ai accepté leur invitation à rester chez eux. Ils avaient le coeur sur la main et m’ont présentée à toute leur famille dans le petit village où ils habitaient. Mon niveau de persan ne m’a pas permis de rentrer dans de longues conversations et je n’ai pas vraiment compris qui vivait où. La maison était composée de 3 pièces qui changeaient d’utilité suivant les besoins : le jour, on étalait sur le tapis du salon une nappe et il se transformait en salle à manger, la petite pièce sombre était la garde-robe et l’autre salon permettait de servir le thé ou pour moi d’étudier le persan. Le soir, on faisait de la place pour étendre les matelas et les 3 pièces se transformaient en chambre à coucher.

Lors de nos promenades dans le village, j’ai remarqué que je détonnais beaucoup et attirais bien des regards : les touristes ne sont pas monnaie courante, et les couleurs vives non plus. Toutes les femmes mariées portent le tchador, un grand drap noir qui recouvre tout le corps sauf le visage, et ma robe longue ne m’arrivant que 5 centimètres au dessus des chevilles, beaucoup me regardaient d’un air désapprobateur. Désormais, je porterais des chaussettes hautes ou des collants. (Ce qui n’aidera pas beaucoup à détourner les regards par ailleurs)

L’hospitalité reçue était certes incroyable, mais elle me fut étouffante. Chaque fois que je voulais faire une promenade, les filles venaient avec moi, et cela se transformait en des visites chez les uns et les autres pour boire le thé, et le manque de communication rendait cela frustrant, d’autant qu’il est mal vu de refuser de manger ou boire quelque chose lorsqu’on est invité. Et j’étais tellement inhabituelle dans ce petit village qu’ils me photographiaient absolument tout le temps, ce qui est aussi fatiguant à la longue. Je décide donc de reprendre la route en direction de Téhéran. Quelle ne fut pas ma surprise et mon émotion (et une légère pointe de culpabilité) quand la jeune femme se met à pleurer à mon départ !

Je ne veux pas faire un récit détaillé de ces 2 jours sur la route, qui a posteriori me semblent peu de chose, mais le comportement des hommes a mon égard et une arrestation par les basijis, qui se sont présentés à moi comme faisant partie de la police avec un interrogatoire dans la rue d’une heure m’ont beaucoup éprouvée moralement et j’ai terminé mon trajet en bus de Shahroud jusqu’à la capitale, avec l’idée de sortir aussi vite que possible de ce pays.

Le Corps des gardiens de la Revolution est une sorte de milice, composée de plusieurs millions de personnes (entre 2-3 et 10 millions selon les sources) créée à l’heure de la révolution islamique de 1979. Ils n’ont pas de droits sur la population, ils ont plus un rôle d’informateurs et de police des moeurs. Néanmoins, ils s’arrogent les droits qu’ils ne possèdent pas (ils ont par exemple regardé toutes les photos sur mon téléphone et en ont même envoyé une partie sur le leur via bluetooth, ont essayé de lire mes messages (sans succès car ils ne parlaient pas l’anglais)…) et beaucoup les craignent. Ils sont d’ailleurs financés par le gouvernement et dans certains endroits peuvent porter les armes. Les basijis sont une composante de ce corps, et j’avoue avoir un peu de mal à saisir quelles sont leurs missions exactes et leur position au sein de ce corps. En tous cas il n’y a pas d’âge minimum pour y entrer et à partir de 7 ans un garçon peut commencer à faire des petites missions, participer a des camps de « vacances » (ça me fait un peu penser au concept des jeunesses hitlériennes, ou des camps scouts ?) et au fur et à mesure avoir de plus en plus de responsabilités. Tout n’est jamais tout blanc et tout noir, et j’en ai rencontré aussi qui étaient cools : trois m’ont prise en stop et un autre, qui parlait parfaitement anglais, a pu m’expliquer mieux ce dont il était question.

A mon arrivée à Téhéran je suis allée dans un hostel pour une nuit (j’avais même peur d’utiliser couchsurfing de peur d’être un problème pour mes hôtes éventuels) où j’ai rencontré  quelques anglophones à qui j’ai raconté mes malheurs et petit à petit je me suis calmée, j’ai revu mes plans de partir dès le lendemain en direction de Tabriz puis de l’Arménie. Je suis finalement restée près d’une semaine a Téhéran (en couchsurfing pour la suite) où j’ai miraculeusement survécu à la circulation absolument terrifiante, me suis fondue dans le décor au palais du Golestan, ai halluciné devant le « pont de la nature » qui est un pont piéton traversant un énorme périphérique, éclairé de lumière verte, avec beaucoup de monde qui vient pique-niquer dans ce décor bruyant et artificiel…

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Où est Charlie? – Golestan Palace

Au cours de mes déambulations dans le grand bazar de Téhéran, j’ai également rencontré un marchand de tapis, qui après m’avoir montré ses magnifiques tapis de soie et de laine, a compris que je n’avais vraiment pas les moyens d’acheter quoi que ce soit, et nous sommes alors entré dans une longue discussion sur la vie, l’amour, l’argent… Entre mille anecdotes, une chose m’est vraiment restée à l’esprit: travaillant au bazar, il peut y acheter ce dont ils ont besoin et il interdit donc à sa femme de s’y rendre afin de lui éviter le harcèlement que les femmes y subissent quotidiennement (mains sur les fesses, remarques sexistes…) mais contre lequel elles ne peuvent pas faire grand chose: elles se sentent honteuses et subissent en silence. Un jour, il fut témoin d’un geste de la sorte et se décida à agir : il est allé vers l’homme qui avait touché les fesses d’une femme et lui a fait la même chose. L’homme, indigné, lui demande ce qu’il fait. « Ca te plaît pas ? -Non. -Alors pourquoi tu le fais aux femmes ? » L’homme, honteux et confus, jura mais un peu tard qu’on ne l’y prendrait plus. Il n’empêche, je trouvais ça quand même bien extrême d’interdir sa femme d’aller au bazar… Après cette longue conversation, je me décide à aller manger un morceau au boui-boui recommandé par mon couchsurfer et me place dans la file d’attente quand un mec passe derrière moi et me touche le derrière ! Je me retourne, lui jette un « OH! », indignée, lui continue son chemin et c’est moi qui ai droit à tous les regards curieux, m’amenant le rose aux joues. Alors si moi, si confiante sur mes droits, me trouve à rougir dans cette situation, j’imagine que pour des femmes qui ont toujours entendu qu’elles devaient obéissance aux hommes il n’est pas facile de se rebeller. En France, dans le métro, au boulot, les situations de harcèlement ne manquent pas non plus, mais on a la loi derrière nous, les langues commencent à se délier, metoo est passé par là. En Iran, on sépare les femmes des hommes dans les transports en commun, on oblige les femmes à cacher leurs formes, et dans la mesure du possible on essaie d’éviter les contacts entre femmes et hommes. Deux stratégies bien différentes. L’une va vers la libération, l’autre vers l’enfermement. A choisir, je préfère la première. Comme je n’avais pas le choix, j’ai tenté d’éviter le contact avec des inconnus. À méditer.

C’est en train donc que j’ai ensuite rejoint Rasht, où j’ai été merveilleusement accueillie par Mohammad Reza et Sogand, des amis d’ami, qui m’ont fait découvrir pourquoi Rasht est au patrimoine de l’UNESCO pour sa cuisine (MIAM!) ainsi que les jolies montagnes avec vue sur la mer de nuages qui cache la mer Caspienne, et où, sur le trajet du retour, on a fait une petite promenade au milieu des nuages, avec un barbecue enchanteur dans la forêt et le brouillard avec des délicieuses pommes de terres cuites au feu de bois.

Puis direction Tabriz, dans l’Azerbaidjan iranien, chez Sadeq, un ami d’ami, où j’ai eu de longues discussions philosophiques avec lui et Pourya, un autre ami d’ami de Sadeq, qui vient du Kurdistan iranien. C’est la ville qui abrite le plus grand marché couvert du monde, avec plus de 36 kilomètres de rues et ruelles, plusieurs écoles et mosquées ! J’étais avec un local qui m’a montré certaines facettes cachées du bazar : les différents lieux de confections et réparation des célèbres tapis persans. Le saviez-vous ? Un tapis, une fois tissé, est ensuite tondu !

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A l’atelier réparation de tapis/ In the « repairing carpets » workshop

L’Iran c’est pour moi un pays à la culture fascinante, à l’hospitalité incroyable, mais c’est avant tout un pays sans libertés. Devoir me couvrir à chaque fois, même pour les 3 minutes qu’il faut pour aller acheter du pain au coin de la rue, me faire contrôler (par une police illégitime en plus) alors que je marchais tranquillement sur la route, rencontrer des hommes et des femmes qui, ne me connaissant même pas, me demandent de l’aide pour obtenir un visa pour la France, n’importe quel pays plutôt que l’Iran disent-ils, entendre qu’une femme a été condamnée à mort pour avoir tué un homme dans une situation de légitime défense alors qu’il tentait de la violer m’ont fait beaucoup relativiser. Et si beaucoup de voyageurs et voyageuses décrient les médias qui n’affichent que le mauvais côté de la chose, je décrie à mon tour les voyageurs qui ne donnent que le côté joli du pays sans raconter le revers de la médaille.

Pour terminer, deux petites anecdotes sur les bonheurs de google traduction. La première avec les basijis qui m’ont fait leur interrogatoire. Je sais pas ce qu’ils voulaient dire, mais la traduction qui est sortie étaient « Where do you go fuck? » [Où allez-vous baiser?] ce qui m’a bien fait rire et les a laissés perplexes quelques instants. La deuxième c’est un bout de conversation avec un employé des chemins de fer iraniens : je lui demande « Pourquoi tu prends le bus alors? » Réponse : « Tu es exactement là Irène ! ».

Khoda Hâfez!

 

[ENGLISH VERSION]

Salam !

Iran, finally! How long had I been reading travellers’ enthousiastic stories about this country, now, it was my turn. Wearing my long dress and my pretty silk scarf on the head, it was with a big smile that I stammered my first iranian words, trying to decipher their alphabet. Salam, welcome in ۱۳۹۸ : wtf? Yep, here we’re in 1398!

The beginning was promising, since in the first village a family stops, asks for my story, and agrees to take me a bit further away. As I had no precise plan, I accepted with pleasure their invitation to remain at their place. They were incredibly generous and introduced me to their whole family in the little village where they lived. My level of persian didn’t allow me to get into long conversations and I didn’t entirely figure out who was living where. The house where I was staying was made of three rooms that would change their function according to the needs: during the day, we would put a tablecoth on the living room carpet and it would turn into the dining room, the small dark room was the dressing room, and the other little living room was used to serve tea or, for me, to study persian. In the evening, we would reorganize the room to put the matresses on the floor and all three rooms were turned into a sleeping room.

During our walks through the village, I noticed I wasn’t going unnoticed: tourists were a seldom thing, as well as bright colours. All married women have to wear the tchador, a big dark cloth covering the whole body but the face, and as my long dress was going only up to five centimeters over my ankles, I got more than one disapproving look. From then on, I would wear my high (pink) socks or tights. (Which didn’t turn out to be helpful in any way though)

The hospitality was, as I said, incredible, but it was smothering. Each time I would want to go for a walk, the girls were coming with me, so that we ended up drinking tea here and there, and as I was lacking a communication mean, it was very frustrating, all the more as it is very impolite to refuse to eat or drink when you are invited somewhere. And as I was very special for this little village, I was photographed absolutely all the time, which got tiring in the end. Therefore, I decided to keep going towards Tehran. What a surprise, and emotion (and a hint of guiltyness) when the Young woman started to cry when I left!

I don’t mean to make a long story about the 2 days I spent on the road, as a posteriori it doesn’t seem so horrible, but the behaviour men had towards me and an arrestation from the basijs, that introduced themselves as the police to me, and interrogated me for over an hour on the road really tired me emotionnaly so that I finished my trip to Tehran taking the bus from Shahrud with the idea to get out of this country as fast as possible.

The Islamic Revolutionary Gard Corps is a kind of militia, made of a few million people ( between 2-3 and 10 millions depending on the sources) created during the Islamic revolution of 1979. They have no right on the population, they have more a role of informants and vice squad. However, they take the rights they Don’t have (for example, they looked at all the photos on my phone and even sent some of them to their tablet, tried to read my messages, without any success as they didn’t know any English) and many people fear them. They are financed by the government and in some cases are allowed to carry a weapon. The basijs are part of this corp, but I must admit I have trouble understanding what their exact mission and position is. Anyway, I know there is no minimum age to get in, and starting with 7, a boy can start having some small missions and take part in some holiday camps (it kind of reminds me of the Hitler youth concept, or the boy scouts?) and with time get more and more responsabilities. But as Nothing is ever black or white, I also met some of them that were very nice: 3 of them took me as I was hitchhiking and another, speaking perfect English, could explain to me who they were and what this was all about.

When I arrived in Tehran, I went to a hostel for one night as I was even scared of using couchsurfing in order not to cause any trouble to my host, and so I met a few English speaking people to whom I told of my misfortunes and slowly calmed down, reconsidered leaving the next day for Tabriz and Armenia. I ended up staying in Tehran for a week, using couchsurfing, where I miraculously survived the terrifying traffic, blended in the Golestân Palace’s decor (see photo), hallucinated in front of the « bridge of nature » which is a pedestrian bridge crossing a huge ring road, enlighted with green lights, with a lot of people coming to pick-nick in this loud and artificial background…

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The shaving of a capet in the Tabriz bazar/ La tonte d’un tapis sur le bazar de Tabriz

As I was scrolling through the great Tehran bazar, I met a carpet dealer, who after showing me his beautiful silk and wool carpets, finally understood that I could Indeed not afford anything and then we started a long conversation about life, love, money… One thing really sticked though; as he was working in the bazat Everyday, he was able to buy anything they could need at home so that he forbade his wife to go there to protect her from the sexual harassment that women suffer there every day (hands on the ass, sexist remarks) but cannot do anything against as they feel ashamed and undergo in silence. Once, he witnessed such an act and decided to act: he went to a man that had been grabbing a woman’s ass and did the same to him. The man, outraged, ask him what the h* he was doing. « -Don’t you like it? -No. -Why would you do it to women then? » The man, ashamed and confused, swore, though somewhat belatedly, that he would never be taken again*.  (*from the famous fable by Jean de La Fontaine) However, I was still considering it extreme to forbid one’s wife to go to the bazar… After this long conversation, I decided to go grab lunch at a little take-away restaurant that my couchsurfer had recommended for me and was standing in the line when a man walks behind me and grabs my ass! I turn around, scream an outraged « OH! », he keeps going while everyone is looking at me, making me blush. I was then thinking that even if I, certain of my rights, feminist, ended up blushing in this situation, rebellion would be nearly impossible for women who have been told all their life that they must obey men. In France, in the subway, at work, situation of harassment are also not seldom cases, but we have the law behind us, the tongs start to untie, metoo came up. In Iran, men and women are separated in public transport, women have to hide their shapes, and contacts between men and women are reduced as much as possible. Two very different strategies. One going towards liberation, the other towards confinement. If I can chose, I’ll take the first one. Having no choice, I started avoiding contact with (unknown) men. This gives cause for meditation.

From Tehran, I took the train to Rasht, where I was marvellously welcomed by Mohammad Reza and Sogand, the friends of a friend, that made me discover why Rasht got on the UNESCO for its cuisine (YUMMY!) as well as the beautiful mountains with view on the sea of cloud hiding the Caspian Sea, and where, on the way back, we had an enchanting barbecue in the midst in the forest with delicious wood cooked potatoes.

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Those potatoes… ! / Ces patates… !

Afterwards, I left for Tabriz, capital pf the iranian Azerbaïdjan, where I stayed at Sadeq’s, another friend of friend, where along with him and Pourya, another friend of Sadeq’s friend, from iranian Kurdistan, we had some long philosophical discussions. It is the city with the biggest bazar in the world, with over 36 km of streets, several schools and mosques! I was with a local that showed me the hidden faces of the bazar: where the famous persian carpets are manufactured and repaired. Did you know that after being weaved carpets are being shaved?!

Iran is for me a country with a fascinating culture, an incredible hospitality, but mostly, it is freedomless. Having to cover myself all the time, even for the 3 minutes to go get bread at the corner of the street, getting a control by an illegitimate police as I was simple walking on the road, meeting men and women who without knowing me are already asking me for help to get a visa for France, they’d take any country rather than Iran, hearing that a woman got sentenced to death for Killing a man as he wanted to rape her gave me thoughts to put into perspective. So that if many travellers decry media for showing only the poor side of the country, I decry those travellers that give only the great side, without telling about the other side of the coin.

To finish, two little anecdotes about the pleasures of google translate. The first one was with the basijs that interrogated me. I Don’t know what they meant to tell me, but the translation gave « Where do you go fuck? » which made me laugh and puzzled them a bit. The second one was a piece of conversation with an employee of the iranian railway: I ask him « Why are you taking the bus then? » Answer: « You’re exactly there Irene! ».

Khoda Hafez!

 

 

 

 

 

 

5 days in Turkmenistan

[VF CI-DESSOUS]

To reach Iran from Central Asia by land, the fastest option is to cross Turkmenistan, the closest country of the area.

Before reading this article, take a few minutes to try to collect in your memory everything you know about Turkmenistan. Probably it won’t amount to much. No surprise as it is a country welcoming less tourists than North Korea, with very little opening to the world, and as it is a peaceful dictatorship it is not worthy of interest for our journalists.

Geographically, it is bordered by Uzbekistan and a little piece of Kazakhstan in the North, Afghanistan in the East, Iran in the South and the Caspian Sea in the West. It was part of the Soviet Empire and became a closed dictatorship right after the dissolution of the USSR in 1991, governed by Niyazov or better known as Turkmenbashi (Head of the Turkmen) from 1985 until his death in 2006. His successor is Berdimuhamedow, just as crazy as his predecessor, and going with the title Arkadag (Protector).

Turkmenistan is a very rich country in terms of natural resources, and if anything is famous for its door to Hell, a crater that is containing gas and that was set on fire by the soviets in 1971 and is still burning today. (I wonder if anyone has tried to measure how much CO2 has been emitted in this place in 48 years…) But all the money the country gets from this is spent on marble and crazy architectural projects, leaving the population with almost no benefits from it, except very cheap oil (for 1$ you would get 12L), and a surrealistic capital city.

Yes, Ashgabat is the name of the capital, congratulations if you knew this one! It could also be called the White City, because every building there has to be white. Old buildings are either being painted white or covered with white marble. Black cars are forbidden, as well as dirty cars (you would get fined 500 Manat for driving a dirty car, about 28$). It is difficult to give an impression of what this city is. Imagine big boulevards, bordered by a few trees, everything is very clean, almost sterile, and everywhere you look you see big buildings covered in marble. It is extremely unfriendly for pedestrians and you always have a fear of doing something wrong. It is the first country where you can get seriously fined for crossing where you are not allowed to…

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a big boulevard in Ashgabat/un grand boulevard à Ashgabat

The president there has moreover decided that he doesn’t want to see any young woman driving a car, but it being against the constitution, he could not pass a law for it. However, the desire of the presidents are orders, so that any woman who got her driver license before this desire was expressed and is still driving will systematically get arrested by the police, and they will find a reason to fine her (mirror wrongly oriented, no gloves in the glove box, …) so that they get exasperated and don’t drive any more. As for those who do not have the driver license, they have almost no hope of getting it, even for 10000$ the inspector wouldn’t give it as I have heard…

Among the crazy architectural projects, 3 are worth mentioning. The first one being the Kipchak Mosque, constructed in 2004 by the French constructor Bouygues, it the biggest one in Central Asia, with 4 Minarets of 92 Meters height but almost desert except from the little tourists in the area because of it being considered as blasphemous: instead of versets of the Coran, the former president asked that the lines from his own book, the Ruhnama, would be written on it, book he claims to be equal to the Coran. Near the Mosque, he asked his tumb to be built, a huge marble monument where he was buried two years later.

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The blasphemous mosque/ La mosquée blasphématoire

The second one is the airport that was redesigned and rebuilt in 2016, giving it a beautiful shape of a Turkmen bird. It cost the crazy amount of 2.3 Billion $, and was built in less than 4 years, which might sound as a dream for my Berlin friends still waiting for their Berlin-Brandenburg Airport, but for Turkmenistan and its little tourist amount it is a folly.  I will add a fun fact that the Turkmen Post, selling postcard sets of the country, has photoshoped the photo in order to have the mountains in the background, giving the beautiful impressions of the bird about to fly over the mountains. And I will add a not so fun fact that the president acquired his third plane, a Boeing that is not made to transport passengers except for probably a big suite for the president, the rest being just a container to actually be able to fuel it and then fly once all around the world without any break.

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The last one is the Ashgabat Olympic Complex which was constructed for the Asian Indoor and Martial Art Games which was held in 2017 in Ashgabat. Close to the City Center, it is a fabulous Complex that cost 5 Billion $ for a 10 days event where almost no foreign visitors were even allowed to attend the event, except for the sportsmen and their relatives.

I have a few more interesting facts that should surprise you less and less as you start understanding the country. For example the fact that there are people watching almost anything happening in the city. Having an evening walk in Mary with my host and her neighbour, I saw a curious tree with some kind of fruit I had never seen before. It is a random street with trees on the side, a few people are walking here and there, so what is my surprise when a guy comes screaming at me when I take one of those fruits out of curiosity. Where he was standing I don’t know, but apparently he is in charge of looking for the few trees on that portion of the road. My host explains I am a tourist and makes some excuses and we go further while the guy hides back in the bushes mumbling something.

One of my drivers commented on the state of the road, that I found not too bad, but not too good either. He explains that the road is only a few years old but already so shitty because the managers in charge of the construction of the road do not use the good material, putting the money in their pockets and getting cheap material instead, and go to jail 5 years later when the road gets shitty and some kind of inspectors discover that he bought a big house for himself instead of doing properly his job. Note: I don’t know to what extent this is true, but at least this is how people perceive it. At the time I was there, however, one of the ministers was sent to jail because of corruption, and it was explained to me that everyone knows that everyone is corrupted, and this was just a move to get rid of a too powerful minister.

And one more story: a girl was planning to go for a holiday to Russia with her friend, she had her visa and her plane ticket, but as she was about to embark, she hears that she is not allowed to exit the country, because she was black-listed a few years earlier for having a little affair with a Turkish man, but not being aware of this. (The guy was deported).

About censorship, it is the strictest country I have ever experienced, where Whatsapp, Facebook, Telegramm and basically all social networks beside imo are blocked, as well as many information websites, but where it is also very difficult to find a functionning VPN. It took me 10 to find one, and it was so slow that I could only send text messages, a phone call would be unimaginable. Local people who need it usually go to the bazar, and get a proxy or something that works for a little while until it is blocked and they need a new one. My host in Mary, however, didn’t know what a VPN is. When I asked her she said « Oh, I’ve seen advertisements for it, but I don’t know what it’s for ».

As for Mary, I have little to say about it, I was supposed to go visit the old city of Merv, 25km away, a treasure for those fond of history, as promised by my host’s brother. However, he was called by a friend in the morning, got very drunk, got into a fight with him over a girl, and was back only at 5 in a state that wouldn’t allow him to get into a car anyway. It still allowed me to experience amazing Turkmen hospitality, so I am very grateful to him.

As a conclusion, I would say that I had an amazing time in Turkmenistan, despite the craziness of the president. I will leave you with a video to judge on his rap capacities in this song performed with his grand-son.

 

[VERSION FRANCAISE]

Pour rejoindre l’Iran par voie terrestre depuis l’Asie Centrale, le plus rapide est de traverser le Turkmenistan, le pays le plus fermé de la région.

Avant de lire cet article, prenez quelques instants pour réunir tout ce que vous savez sur le Turkmenistan. Probablement que vous n’aurez pas trop d’idées vous venant à l’esprit. Pas tellement surprenant quand on sait qu’il y vient moins de touristes qu’en Corée du Nord où il y a une dictature pacifique de faible intérêt pour nos journalistes.

Géographiquement, il est entouré de l’Ouzbékistan et d’un petit bout du Kazakhstan au nord, de l’Afghanistan à l’est, de l’Iran au sud et de la mer Caspienne à l’ouest. Il faisait partie de l’empire soviétique et est devenue une dictature très fermée dès la dissolution de l’URSS en 1991, dirigée par Niyazov, plus connu sous le nom de Turkmenbashi (Chef des Turkménes) depuis 1985 et jusqu’à sa mort en 2006. Son successeur est Berdimuhmedov, tout aussi fou, et il porte le titre d’Arkadag (le Protecteur).

Le Turkménistan est un pays très riche en ressources naturelles, et s’il est connu pour quelque chose, c’est ses Portes de l’enfer, un cratère contenant du gaz auquel les soviets mirent le feu en 1971 et qui brûle encore aujourd’hui. (Je me demande si quelqu’un s’est déjà amusé à évaluer les émissions de CO2 que cela représente sur 48 ans d’activité…) Cependant, tout l’argent que l’Etat reçoit pour son gaz est réinvesti dans du marbre et des projets architecturaux pharamineux, n’en laissant que peu de bénéfices à la population, à l’exception d’un prix du carburant extraordinairement bas (pour 1$, c’est non pas un, non pas quatre, mais 12L d’essence que le pompiste voudra bien vous donner à la station ! (les gilets jaunes, ça fait rêver non ?)) et une capitale surréaliste.

Bravo si vous le saviez, c’est bien Achgabat la capitale turkmène. On pourrait tout autant l’appeler la Ville Blanche, puisque chaque bâtiment doit être blanc, de préférence recouvert de marbre. Un vieux bâtiment qui ne respecte pas la règle ? Pas de problème, un coup de peinture ou un carreau de marbre et c’est réglé. Les voitures noires sont interdites, de même que les voitures sales (500 Manat d’amende le cas échéant tout de même, soit 25€ au cours du marché noir). Il est difficile de capturer une photo de cette ville, c’est son tout qui la rend hors du commun. Imaginez des grands boulevards, bordés de quelques arbres, tout est propre, presque stérile, et partout où se porte votre regard, des grands bâtiments recouverts de marbre blanc. Rien n’est pensé pour les piétons et on a constamment la peur de faire quelque chose de déplacé. C’est la première fois que je me suis dit que je prendrais effectivement une amende pour traverser là où je n’ai pas le droit.

Par ailleurs, le président a décidé qu’il ne voulait plus voir de jeune femme au volant. Passer une loi de ce type serait anticonstitutionnel. Mais les désirs du président sont des ordres. Dorénavant, une femme ayant le permis désirant exercer son droit se fera systématiquement contrôler, et ils lui donneront une amende pour x raison (rétroviseur mal orienté, absence de gants dans la boîte à gants ou que sais-je ?) afin de les exaspérer et les décourager de prendre le volant. Celles qui n’ont pas le permis n’ont quasiment aucune chance de l’obtenir, puisque même 10000$ ne permettent pas d' »acheter » l’inspecteur.

Parmi les projets architecturaux insensés, trois méritent d’être mentionnés. Le premier est la Mosquée de Kipchak, construite en 2004 par le constructeur français Bouygues, qui est la plus grande mosquée d’Asie Centrale avec ses 4 minarets de 92 mètres de hauteur, mais peut-être aussi la plus déserte, n’étant visitée que par les quelques touristes de passage, les fidèles l’évitant à cause de son caractère blasphématoire : au lieu des versets du Coran, le précédent président a choisi de faire inscrire sur le mur des extraits du Ruhnama, un livre qu’il a écrit lui-même et qu’il prétend être à l’égal du Coran. Près de la Mosquée, il a fait construire sa tombe, un énorme monument tout de marbre, où il fut enterré deux ans plus tard.

Le deuxième projet, c’est l’aéroport qui fut redesigné et reconstruit en 2016, lui donnant la belle forme d’un oiseau. Il a coûté la bagatelle de 2,3 Milliards de dollars et fut construit en moins de 4 ans, ce qui semblera peut-être féérique pour mes amis berlinois qui attendent toujours leur Berlin-Brandenburg Flughafen, mais pour le Turkménistan et son tout petit nombre de touristes, c’est une belle folie. Pour l’anecdote, je rajouterai que la poste turkmène, qui vend des cartes postales, a photoshopé la photo pour avoir les montagnes en arrière-plan, donnant cette belle image de l’oiseau prêt à s’envoler au dessus des montagnes. Et pour l’anecdote un peu moins rigolote, le président a récemment fait l’acquisition de son troisième avion, un gros boeing qui n’est pas fait pour le transport des passagers, à l’exception de la suite présidentielle probablement, le reste de l’espace n’étant que réservoir permettant d’avoir assez de kérosène pour faire une fois le tour du monde sans faire le plein.

Le dernier projet est celui du Complexe Olympique d’Achgabat, qui fut construit pour les championnats d’Asie d’arts martiaux qui se sont tenus en 2017. Ils ont ainsi détruit un quartier près du centre ville pour construire ce fabuleux complexe sportif qui a coûté la modeste somme de 5 Milliards de dollars pour une compétition qui a duré 10 jours et où ne pouvaient venir presque aucun visiteur étranger à l’exception des athlètes et de leur famille.

J’ai encore quelques anecdotes qui devraient vous surprendre de moins en moins au fur et à mesure de la lecture de cet article. Par exemple le fait qu’à peu près partout en ville quelqu’un est là pour observer ce qui se passe. Ainsi, alors que je me promenais dans Mary avec mon hôtesse et sa voisine, je vois un arbre avec un drôle de fruit que je n’avais jamais vu auparavant. Il s’agit d’une rue lambda bordée d’arbres, quelques promeneurs se promènent, aussi ma surprise fut elle grande quand un homme surgit de nulle part en me criant dessus alors que je prenais un de ces fruits pour plus ample observation. J’ignore où il était et si son job est vraiment de surveiller quelques arbres sur le bord de la route, enfin mon hôtesse s’excuse, explique que je suis une touriste, et nous pouvons continuer notre chemin tandis que l’homme s’en retourne dans ses buissons en marmonnant dans sa barbe.

Une fois, un de mes conducteurs se plaint de l’état de la route, qui n’était pourtant pas si mauvais, mais pas si bon non plus. Il me dit que la route a été refaite il y a seulement quelques années mais est déjà dans un si mauvais état car les managers en charge de la construction de la route utilisent du mauvais matériel et mettent l’argent ainsi économisé dans leur poche. Ainsi, ils finissent en prison cinq ans plus tard quand la route devient mauvaise et qu’un inspecteur découvre que le manager s’est fait construire une maison au lieu de faire son boulot. Nota Bene : je ne sais pas dans quelle mesure c’est une vérité générale, mais c’est ainsi que mon conducteur le percevait. D’ailleurs, pendant que j’étais à Achgabat, l’un des ministres fut envoyé en prison pour corruption. Mais puisque tout le monde sais que tout le monde est corrompu, tout le monde sait que ce n’est qu’une façon de se débarrasser d’un ministre trop puissant.

Allez, encore une histoire : une jeune fille devait partir en vacances en Russie avec son copain, elle avait son visa, son billet, mais alors qu’elle voulait embarquer, elle apprend soudain qu’elle n’a pas le droit de quitter le pays car elle fut black-listée quelques années auparavant à cause d’une aventure (ce qui est apparemment contre les moeurs) avec un homme turc, sans en avoir été informée. (Le turc en question fut quant à lui déporté)

Concernant la censure, il s’agit du pays le plus strict que j’aie jamais vu, où Whatsapp, Facebook, Telegram et tous les réseaux sociaux excepté imo sont bloqués, de même que beaucoup de sites d’information, et où il est par ailleurs extrêmement difficile d’avoir un VPN fonctionnel, même en payant. J’en ai téléchargé 10 avant d’en avoir un qui marche, à une vitesse incroyablement lente. Les locaux doivent généralement se rendre au bazar, et récupérer un proxy ou une autre magouille qui fonctionne quelques temps avant d’être bloqué à son tour. À Mary, mon hôtesse ne savait pas ce que c’était : « J’ai déjà vu des pubs pour ça, mais je sais pas à quoi ça sert ».

Quant à la ville de Mary elle-même, je ne peux pas en dire grand chose : alors que mon chauffeur et futur hôte m’avait promis de m’emmener visiter la très vieille ville de Merv, à 25 km de Mary, un trésor pour les amoureux d’histoire, je l’ai attendu toute la journée en vain. Appelé par un de ses amis dès le matin, il a bu plus que de raison, s’est bagarré avec ledit copain à cause d’une jeune fille, et n’est revenu que vers 17h dans un état qui l’aurait empêché de conduire une voiture de toute façon. Je lui suis néanmoins très reconnaissante de m’avoir fait découvrir la merveilleuse hospitalité turkmène dans sa famille.

En dépit de la folie du président, j’ai quand même pu apprécier mon séjour dans ce drôle de pays. Et je termine en vous laissant juger de son talent de rappeur dans cette chanson qu’il interprète avec son petit-fils.

 

 

 

 

 

Quelques portraits d’Ouzbekistan/ A few portraits from Uzbekistan

[ENGLISH VERSION BELOW]

Bienvenue en Ouzbékistan ! Eh oui, encore un pays en « stan », vous commencez à avoir l’habitude. Ici, la capitale est Tashkent, grande ville d’un style très soviétique, ayant été détruite par un tremblement de terre en 1966 et reconstruite pour être la ville soviétique modèle. Mais les voyageurs viennent en général pour ses villes plus historiques, j’ai nommé Samarcande, Boukhara et Khiva. C’est l’occasion pour moi de vous recommander la lecture de Samarcande, d’Amin Maalouf, qui vous donnera une idée de ce qu’était la région au XIème siècle, mais qui n’a plus rien à voir avec ce qu’on y trouve aujourd’hui puisque le Régistan, au coeur de la ville, ne date lui-même que du XVème siècle.

Mais fidèle à moi-même, je n’ai pas fait le tour de tous les sites touristiques, et après quelques jours a Tashkent et ses environs, j’ai posé mon sac pour 3 semaines à Samarcande, tout d’abord chez Andrey puis chez Shamil, et j’ai vécu la vie contemporaine ouzbèke. Cela m’a donné envie de me focaliser dans cet article sur quelques portraits de personnes rencontrées au cours de ce voyage.

Jeune fille de 18 ans, de la campagne. Elle nous approche alors que nous avions étendu la slack-line dans le parc central de la ville et nous demande d’essayer. Nous acceptons bien sûr. Elle a l’air si triste. Puis elle nous raconte qu’elle est venue à Samarcande pour passer un examen d’entrée à l’université, et qu’elle a échoué. Cet échec implique pour elle le retour au village où elle sera mariée dans l’année.

Femme d’une trentaine d’année, guide touristique au Régistan. C’est elle qui rapporte l’argent à la maison, mais son mari, qui ne fait pas grand chose de ses journées, lui dit que c’est tout de même son role de faire à manger et de s’occuper des enfants, que la famille doit passer avant tout et que si elle pense n’avoir pas le temps de tout faire, c’est le travail qu’elle devrait abandonner. Son mari est en fait son cousin, avec qui elle a été mariée contre sa volonté. Divorcer n’est pas une option pour elle, car elle craint les répercussions que cela pourrait avoir sur la vie de ses enfants si l’on apprend que leur mère est divorcée. Parfois elle s’enferme dans sa chambre, pleure un bon coup, puis ressort soulagée. Heureusement qu’elle a ses enfants qu’elle aime plus que tout au monde.

Un homme de 32 ans, qui ne croit pas en l’amour entre un homme et une femme. De la passion, oui. Mais l’amour, il ne le ressent que pour ses parents et pour ses enfants.

Femme de 28 ans, déjà veuve, mère de deux enfants, il lui manque déjà plusieurs dents. Elle s’apprête à partir travailler en Turquie pour plusieurs mois, laissant ses enfants aux bons soins de sa mère.

Jeune couple marié, qui veut partir faire sa lune de miel en Europe. Afin d’obtenir le visa pour l’espace Schengen, ils ont acheté les billets d’avion, réservé toutes les nuits d’hôtel, montré qu’ils ont de l’argent sur leur compte en banque, un métier et une maison en Ouzbékistan et donc a priori aucune raison de vouloir quitter le pays durablement. Leur visa est refusé une fois. Ils font changer toutes les dates de leurs réservations et postulent une seconde fois. Ils obtiennent un second refus. Mais leurs réservations ne sont désormais plus remboursables a 100% puisqu’ils avaient déjà effectué un changement de date. Ils auront dépensé plus de 600 euros en vain. Finalement, ils sont partis faire leur lune de miel en Turquie.

1995 – une jeune femme demande le divorce peu après son mariage car son mari la bat. Egalement activiste politique, elle est déportée et s’installe en Allemagne. Elle n’a cependant pas pu emmener sa petite fille de 3 ans avec elle. Ce n’est que 9 ans et 7 demandes plus tard que la désormais jeune fille de 12 ans est autorisée à quitter l’Ouzbékistan et à rejoindre sa mère.

Femme d’environ 60 ans, qui n’avait pas fait un mariage d’amour, et qui m’explique que si un homme m’aime, cela suffit pour l’épouser, la réciprocité n’étant pas nécessaire.

Une fille de 24 ans doit encore demander a ses parents l’autorisation de sortir en boîte de nuit. En même temps, les boîtes à Samarcande sont assez trash, avec des filles en petites tenues qui gagnent de l’argent en dansant et des hommes qui paient pour ce spectacle, tout ca dans une atmosphère pleine de fumée de cigarettes. Aussitôt entrés, aussitôt ressortis. Tout ça pour ça.

Un jeune couple le jour de son mariage. Il est assis sur un podium où il reçoit les bons voeux des invités. Les deux ont l’air de s’ennuyer profondément et ont du mal à faire semblant de sourire. Ils regardent les gens danser sans pouvoir danser eux-mêmes, exceptée la dernière danse avant la fin de la cérémonie, autour de 22-23h. Ensuite, ils rentrent chez eux, et c’est normalement leur première nuit d’amour. Enfin l’acte sexuel s’entend, puisque c’est un mariage arrangé.

Et pour terminer, une légende : Bibi-Khanoum, la favorite de Tamerlan, aurait voulu surprendre son mari pour son retour d’une campagne militaire en lui faisant construire une splendide mosquée. L’architecte, tombant éperdument amoureux d’elle, fait ralentir les travaux. Bibi-Khanoum s’énerve et demande compte à l’architecte. Celui-ci lui explique qu’il peut terminer la construction de la mosquée à temps à condition qu’elle accepte un baiser de sa part sur sa joue. Bibi-Khanoum n’en veut pas, mais si heureuse à l’idée du cadeau que sera la mosquée, elle finit par accepter. Le jour arrive où la construction est terminée et l’architecte vient chercher son baiser. Dans une dernière tentative d’y échapper, elle lui présente deux oeufs, disant que bien que d’apparences différentes, ils ont le même goût, de même pour les femmes : il est libre de choisir n’importe quelle femme parmi ses esclaves. Mais l’architecte contre-argumente en faisant apporter deux verres, l’un rempli d’eau, l’autre de vin, et dit que le premier ne lui fera rien sentir tandis que le second le brûlera. Bibi-Khanoum se rend à cet argument, mais au moment du baiser elle intercale tout de meme son voile entre sa joue et les lèvres de l’architecte. Le baiser est cependant si ardent qu’il laisse une trace sur la joue de la belle reine. A son retour, le roi s’extasie devant le cadeau de sa femme mais remarque bien vite cette trace sur sa joue. La jeune reine confesse tout. Ici les légendes diffèrent. Ma préférée est celle-ci : Tamerlan lui ordonne de quitter la ville. Elle peut emporter toutes les choses précieuses dont elle a envie mais ne doit jamais revenir. Elle lui dit alors que la seule chose précieuse qu’elle aie est Tamerlan lui-même et lui demande donc de venir avec elle. Le roi lui pardonne mais à partir de ce jour il ordonne aux femmes de porter un voile pour cacher leur beauté des autres hommes.

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La Mosquee de Bibi-Khanoum / The Bibi-Khanoum Mosc

[ENGLISH VERSION]

Welcome to Uzbekistan! Oh, yeah, one more « stan » country, you should start to be used to it. The capital is Tashkent, a big city in a very soviet style: being destroyed by an earthquake in 1966, they decide to rebuild it as the model of what a perfect soviet city should be. However, most of the travellers come to Uzbekistan for its historical cities: Samarkand, Bukhara and Khiva. That’s the right time to recommend you the beautiful book by Amin Maalouf, Samarkand, which will give you an idea of how the region looked liked in the XIth century. It has not much to do with the contemporary city though, as even the Registan, in the heart of the city, was built only in the XVth century.

But as usual, I didn’t go for a tour of all the touristic sites and after a couple of days in Tashkent and around, I set up for three weeks in Samarkand, first at Andrey’s place, then at Shamil’s, and I lived the contemporary Uzbek life. That gave me the idea to focus here on a few portraits of people I met there.

A young girl, 18 years old, from the countryside. She approaches us in the city park where we had put up a slack-line and asks if she could try. We accept of course. She looked so sad. Afterwards she tells us she came to Samarkand to have the exam to enter university, but that she had failed. That implied going back to the village where she would get married in the coming year.

A woman of about thirty years old, touristic guide in the Registan. She is the one bringing money back home. However, despite the fact that her husband has not much to do, he still commands her to be the one cooking and taking care of the children, saying that if she has no time to work and take care of her family, she should quit her job. Her husband is actually her cousin, which she had to marry against her will. To divorce is no option for her, because she is afraid of the consequences it could have on the life of her children if people knew their mother divorced. Sometimes, she locks herself up in her room, cries for a while, and comes out relieved. She is happy to have her children that she loves more than anything.

A man of 32, who doesn’t believe in love between man and woman. Passion can exist, yes, but love no. He feels love only for his parents and children.

A 28 years old woman, widow, mother of two little kids. She is already missing a few teeths. She’s about to go to Turkey to work for several months, leaving her kids to the good care of her mother.

A young married couple wishes to go for their honeymoon to Europe. In order to get the Schengen visa, they booked the flights and all the hotel nights, showed they have money on their bank account, have a stable job and a house in Uzbekistan, so no reason to leave the country forever. Their visa got rejected a first time. They changed the dates for the tickets, the hotels and tried one more time. They got rejected again. However, their bookings are now not completely refundable as they had changed them once already. They spent over 600 euros in vain. Finally, they decided to have their honeymoon in Turkey.

1995 – a young woman is asking for a divorce short after her marriage because her husband is beating her. As she was also a political activist, she got deported and settled in Germany. She wasn’t able to take her little 3 years old girl with her, and it is only 9 years and 7 applications later that the now 12 years old girl is allowed to leave Uzbekistan to rejoin her mother.

A woman of about 60 years old, who didn’t have a love marriage, explains to me that a man loving me is a good enough reason to marry him, reciprocity being unnecessary.

A 24 year old girl still needs her parents’ authorization to go out in a club. But then, the clubs in Samarkand were a bit trash, with women with few clothes on dancing and men giving them money for this, all this in a smoky atmosphere. Got in, got out. All that trouble for that.

A young couple on their wedding day. They are sitting on a stage where the guests come to congratulate them. They look incredibly bored and it seems difficult for them to pretend to be happy. They look at people dancing without being able to dance themselves, except for the last dance at the end of the ceremony, around 10 or 11pm. After that, they go home and have their first (in theory?) night of love. I mean the sexual act, as it is an arranged marriage.

To finish, one legend: Bibi-Khanum, Tamerlane’s favourite, wanted to surprise her husband for his return after a military campaign, and had him built a splendid mosque. However, the architect fell madly in love with her and decided to slow down the construction process. Bibi-Khanum gets mad and asks what is happening to the archtect. He explains that in order to finish the mosque on time, he needs her to accept a kiss on her cheek. She is feeling bad at this idea but as she really wants the surprise to be ready for Tamerlane, she ends up agreeing. The day the construction is over, the architect comes to kiss her. She tries a last scheme to avoid it, by presenting him to eggs, saying that they might look different on the outside, but actually have the same taste. The same goes with woman, so he is allowed to choose any woman among Bibi-Khanum’s slaves. But he replies by having brought to glasses, one containing water, the other wine: both might quench his thirst, but with water he won’t fill anything while wine will consume him. Bibi-Khanum surrenders to that argument, but at the moment of the kiss, she manages to put her veil between her cheek and the lips of the architect. The kiss is so intense, however, that it leaves a trace on the cheek of the beautiful queen. When he gets back, Tamerlane is marveled by his wife’s present, but very soon notices the trace on her cheek. The queen then confesses the whole thing. Here the legends differ. My favourite one goes like this: Tamerlane orders her to immediately leave the city. She can take all her precious belongings but she should never come back. She tells him that he is the only precious thing to her so she asks him to come with her. The king forgives her but from that day on, he orders all the women to cover themselves to hide their beauty from other men.

 

Un été dans les montagnes – A summer in the mountains

[ENGLISH VERSION BELOW]

Apres un été a arpenter les montagnes kirghizes et tadjikes, je pense en avoir appris plus sur l’agriculture biologique locale en rencontrant les bergers dans les hauteurs que par les diverses missions de woofing que j’ai trouvées jusqu’a present.

Bienvenue donc dans le monde des petits paysans de l’ex URSS.

Apres la dissolution de l’Union Soviétique, beaucoup ont perdu leur travail, les kolkhozes se sont dissous, et les gens sont revenus a une agriculture de subsistance, avec deux vaches et puis quelques moutons, une année bonne et l’autre non, les femmes sont en charge de la traite des vaches et les hommes gardent les animaux.

 

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Ici on se promene encore en charrette / Here carts are still fashionable

J’ai croisé différents cas de figure.

Le plus populaire au Kirghisistan est d’installer une yourte dans les hauteurs et toute la famille vient passer l’été la-bas. Généralement entre 2000 et 3500 m d’altitude, les soirées sont fraiches, la neige peut encore tomber au mois de juin et commence a revenir des la fin du mois d’aout. Le chauffage se fait soit au bois, soit a la bouse séchée : a 3200, c’est la seule ressource disponible pour chauffer la yourte et préparer le the. Les enfants vont cueillir les framboises, ramasser les bouses, les adolescentes participent a la préparation du pain, de la creme fraiche, les adolescents commencent a s’occuper des animaux a dos d’ane.

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Au bord du fameux lac Song Kul debut juin/ Around the famous Song Kul lake in early june

Suivant la localisation, il y a ou non le camion du lait qui passe tous les matins. Ainsi, au bord des routes, il est difficile de trouver de la creme car tous vendent leur lait et n’en gardent qu’une petite partie pour le consommation personnelle. Mais dans les endroits plus isolés, séparer la creme du lait est la seule facon de conserver les produits laitiers : du lait écrémé ils préparent le kourout, sorte de fromage présenté sous la forme de petites billes salées qui se conservent pendant des mois. Pour ce qui est de la creme fraiche, ils la cuisent, ce qui donne deux produits, l’un qu’ils appellent simplement le gras et l’autre qui est le dépot marron, pas facile a décrire mais absolument délicieux quand mélangé a du miel sur le pain.

Comme vous l’imaginez, l’acces a l’électricité est limité (ils ont souvent un panneau solaire qui leur permet d’éclairer la yourte et de recharger le téléphone) donc le processus de séparation du lait se fait a la main. Ainsi, pour 7 vaches, ils passaient environ une heure le soir et trois quarts d’heure le matin pour la traite, deux heures le soir et une le matin a tourner la manivelle du séparateur-ecremeur, puis encore x heures pour le kourout et la transformation de la creme.

Pourquoi ils ne font pas du fromage m’échappe. Trouver des ferments n’est pourtant pas compliqué,  la préparation est plus simple que leur transformation locale, et le résultat plus convaincant. J’ai suggéré plusieurs fois l’idée, certains ont manifesté de l’intéret, peut-etre que l’un.e d’entre eux tentera l’experience. Mais pourquoi ceux qui sont en bord de route vendent leur lait est clair comme de l’eau de roche : quel gain de temps que de pouvoir vendre directement le lait sans avoir a s’occuper soi-meme du processus de transformation.

J’ai croisé aussi plusieurs ruchers sur les chemins, certains accessibles par la route, d’autre seulement a cheval (ou a pied). Il y a ceux qui ne viennent que périodiquement vérifier l’état des ruches, récoltent le miel trois fois,  rentrent les ruchers pour l’hiver pour les protéger des ours et donnent du sucre a leurs abeilles pour survivre l’hiver. Et il y a ceux qui vivent tout l’été dans la montagne, ont également quelques animaux, restent jusqu’a ce qu’un metre de neige soit tombé de sorte a recouvrir les ruches et reviennent déja debut mars quand les ours commencent a se réveiller pour protéger eux-memes leurs abeilles. Il y a donc ceux qui vivent la vie citadine avec leur maison de campagne qui leur fournit un revenu supplémentaire, et ceux qui cherchent le calme de la nature. A l’époque soviétique, il y avait ceux qui vivaient de facon permanente dans la vallée, mais quand les grand-parents sont décédés, il n’y avait plus personne pour prendre la releve, les plus jeunes cherchant un mode de vie plus urbain et civilisé.

Dans les hauteurs, ou les paturages sont beaux mais l’acces limité, vivent généralement des bergers seuls dans leur tente. Ils se retrouvent autour de la vodka maison chez l’un ou l’autre, et rentrent environ toutes les deux ou trois semaines pour deux-trois jours voir leur famille. Entourés de tant de beauté, deviendraient-ils fous sans la boisson ? Ils n’ont pas l’électricité, ne lisent pas de livres, ils ont seulement leurs animaux, les bergers voisins et les majestueuses montagnes.

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Au Kirghisistan, ils se déplacent a cheval, mais au Tadjikistan, plus pauvre, c’est a pied qu’ils encaissent les kilometres pour rentrer chez eux. Ceux que nous avons croisés marchaient 60km, avec un denivelé remarquable, en une journée : départ avec le lever du soleil a 5h, arrivée avec le coucher du soleil a 20h30. Le premier rentrait voir sa famille, le second emmenait la viande d’un mouton qui est mort dans la montagne au village, les anes portaient la viande et lui marchait a coté. Et nous qui pensions etre cool en marchant nos 20 petits kilometres journaliers…

Ceux qui vivent dans les basses montagnes ont généralement la possibilité de rester dans leur maison. C’etait le cas de Djamchid, dans le village de Kreml, qui avait non seulement a s’occuper de ses betes, mais aussi de ses champs. Il récolte la lucerne 3 ou 4 fois par an selon les années, et a son verger avec abricots, pommes, poires… Il n’a pas beaucoup de temps libre mais nous a quand meme invités a rester la nuit chez lui, et son fils nous a emmené faire une promenade le long de la petite riviere. C’est une beauté difficile a photographier, toute de verdure en cette saison si seche ou l’herbe est grillée par beaucoup d’endroits, avec une montée en pente douce au milieu des arbres, ou il faut se pencher pour échapper aux épines de l’églantier, tendre la main pour attraper les quelques mures deja mures avant l’heure, lever la tete pour trouver un amandier sauvage, dont les amandes pas tout a fait mures sont encore un peu ameres, ouvrir ses narines pour humer le parfum de la citronnelle et de la menthe qui se promenent au bord du chemin, tout cela sur fond de la riviere qui coule et nourrit toute cette végétation.

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Djamchid fauche la lucerne / Djamchid harvesting luzerne

Pour faire pousser le mais, la pasteque et les tomates, ils font recours a l’irrigation, l’eau étant ressource abondante dans les montagnes. Ce sont ici les rivieres qui deviennent petit a petit l’Amou et le Syr Daria, si cela vous rappelle vos cours de geographie sur comment les techniques d’irrigation soviétique pompant l’eau de ces fleuves, principalement pour le coton, a conduit a l’assechement de la mer d’Aral. Intéressante piste de reflexion sur l’irrigation, ses effets, quand est-ce qu’elle est raisonnable et quand est-ce qu’elle devient néfaste ? Quelles sont les options pour les pays d’Asie Centrale avec leur population grandissante, leurs étés si chauds et leurs ressources en eau qui diminuent petit a petit ?

Quelles conclusions je retire de tout cela ? Revenir a une agriculture simplement vivriere en France, avec moins de technologie, implique une ruralisation massive, car le besoin de main d’oeuvre est grand. Et je pense qu’a l’heure actuelle, ce n’est pas le désir de la population. Si cela doit se faire, cela se fera comme ce fut le cas ici : suite a un choc massif sur l’economie obligeant a un retour aux sources. Chers parisiens, vous etes prévenus : quand le capitalisme éclatera, vous réapprendrez a traire une vache !

 

[ENGLISH VERSION]

After a summer spent hiking around kyrgyz and tadjik mountains, I think I learned more about local organic agriculture by meeting the shepherds in the highlands than by the different woofing missions I have found until now.

So welcome in the world of the small peasants of ex-USSR.

After the explosion of the USSR, many people lost their jobs, the kolkhozs closed down, and people went back to subsistence farming, with two cows and a few sheeps, a good year and another not [*this is referring to a French song called La Montagne by Jean Ferrat], women are in charge of milking the cows, men are watching over the animals

[see photo of the boys in the donkey-pulled cart]

I’ve met different kinds of farmers.

The most popular in Kyrgyzstan is to set up a yurt in the highlands and the whole family comes to spend the summer there. Generally its between 2000 and 3500m of altitude, the evenings are chilly and snow can still fall in early june and already be back end of August. Heating is made with either wood or dried poop: at 3200, it is indeed the only available ressource to heat up the yurt and prepare some tea. Kids go pick up rasperries or poop, teenagers participate in making bread and cream and male adolescents start taking care of the animals riding donkeys.

[see photo of the snowy Song-Kul]

Depending on where the yurt is located, there may or may not be a milk truck coming to pick up the milk every morning. Therefore, along the roads, it is difficult to find some fresh cream to buy because all sell their milk et keep only enough for their personal consumption. In the more isolated places, on the other hand, the separating process is the only way to preserve dairy products: from the skimmed milk they prepare kurut, a kind of cheese presented in the shape of little salty balld that can be kept for years. As for the fresh crean, they cook it, giving two products, the first one they simply call « fat » and the other is a kind of brownish deposit, not easy to describe but absolutely delicious mixed with honey on bread.

As you imagine, access to electricity is limited (they usually have a solar pannel allowing them to light up the yurt and charge their phones) so the milk separating process is made by hand. So that for seven cows, they would spend about three-quarter of an hour in the morning and one hour in the evening for milking the cows, one hour in the morning and two in the evening turning the crank handle of the separator, and then x more hours for the kurut and the transformation process of the cream.

Why they would make cheese is still a mystery to me. Finding the leaven isn’t complicated, the preparation is easier than their transformation processes, and the result is tastier. I suggested the idea several times, some showed some interest, maybe one of them will try it. But why those on the side of the road are selling their milk is as clear as spring water to me: what a gain of time it is to sell directly the milk rather than doing all this work!

I also ran into some apiaries on the way, some accessible by car, others only with the horse (or by foot). There were those coming periodically to check on the beehives, collecting honey three (or four) times a year, keeping the hives inside a house during the winter to protect them from the bears and feeding them with sugar to survive winter, as honey wouldn’t suffice. And there are those living the whole summer in the mountains, also have a few animals, stay until one meter of snow has fallen in order to completely cover the hives and come back early march when the bears could start waking up to protect the bees themselves. They also claim that bees do not need any sugar, they leave them enough of honey and that’s fine. So there are those living the city life with a cottage giving them extra revenue and those, I would say, more connected to nature and their animals. During soviet times there were even those living permanently in the valley, but when the elderlies died, no one was there to take over as the youngsters were looking for a more urban and civilized lifestyle.

In the really high lands, where the pastures are beautiful but access really limited, usually live lonely shepherds in their tents. They would all meet up for vodka at one or the other’s tent, and get to visit their family every two or three weeks for two or three days. Surrounded by so much beauty, would they become insane without alcohol? They have no electricity, do not read any books, they have only their herds, the neighbouring shepherds and the majesty of the mountains.

[See photo of the shepherd and his dog in the late afternoon light]

In Kyrgyzstan, they usually move around by horse, but in Tajikistan, poorer country, they have to walk home. Those we ran into were walking up to 60km (not on flat land!) in one day: they leave with sunrise at 5am and arrive with sunset at 8:30pm. The first one went to visit his family, the second one was bringing the meat of a sheep that died in the mountains to the village, donkeys carrying the meat and he walking nearby. And we thought we were cool walking our daily 20km…

Those living in lower mountains usually have the possibility to stay in their homes. That was the case of Djamchid, in the Kreml village, who should not only take care of his animals but also of the fields. He harvests luzerne 3 or 4 times a year depending on the years, and has a little orchard with apricots, pears, apples… He doesn’t have too much free time, but still invited us to stay overnight, and his son took us for a walk along a little river. It is of a beauty difficult to photograph, it was all green at the time where everything around is already yellow because of a dry and sunny summer, a gentle slope among the trees, where you should bend down to escape the spines of the dog rose, stretch out your hand to collect the blackberries already ripe before their season, look out for a almond tree, whose almonds, not totally ripe yet are still a bit bitter, open your nostrils to smell the perfume of the wild lemongrass and mint spread along the path, all this with the sound of the little river flowing to feed all this vegetation.

[see photo of Djamchid harvesting the luzerne]

To grow corn, watermelons and tomatoes, they all use irrigation, water being a plentiful resource in the mountains. Those little rivers are however those becoming little by little the Amou and Syr DAri, if it can remind you some geography classes about how soviet irrigation techniques to use the water from these rivers, mainly for cotton, has led to the drying of the Aral Sea. This is an interesting line of approach on irrigation, its effects, when is she reasonable and when does she become harmful? What are the options for Central Asian countries with their growing population, their incredibly warm summers and their water ressources that are little by little diminishing?

What conclusions do I draw from all this? To go back to subsistence farming in France, with less technology, implies a massive ruralisation, because the need for manpower is big. And I think that at the time being, it is not the desire of the majority of the population. So if it should happen, as it was the case here, it will be after a massive shock on our economy forcing to get back to the roots. Dear Parisians, you have been warned: when capitalism will explode, you will learn how to milk a cow!

 

Women Rockin Pamirs

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Safina et Furough dans la vallée de Bogev – Safina and Furough in Bogev valley

Women Rockin’ Pamirs, kézako? C’est une organisation française qui forme des femmes tadjikes pour devenir guides de montagnes. Elles ont un super site pour vous raconter en détails toutes les motivations qui ont mené à la création de cette association. Je fais ici un mini résumé. 1. Un homme, même sans formation, se sentira légitime à guider des touristes, une femme non. 2. Le Tadjikistan n’est pas connu pour une vision progressive des femmes, et celles-ci sont souvent cantonnées à s’occuper des tâches ménagères et des enfants, et n’ont pas souvent l’opportunité d’aller randonner dans les montagnes, et a fortiori encore moins d’y travailler comme guide. 3. Les femmes Tadjikes (du moins en partie) aiment randonner dans les montagnes et sont intéressées par le travail de guide. Face à ce triple constat, des femmes françaises ont créé cette association afin de permettre aux femmes vivant dans les montagnes du Pamir de recevoir une véritable formation de guide et ainsi d’y accompagner les touristes.

Quel lien avec moi ? Alors tout d’abord je trouve le projet simplement génial et pense qu’il mérite d’être mentionné sans plus de justifications. Mais comme c’est pas tout, je vais en rajouter un peu. Il était une fois un garçon qui courtisa beaucoup une fille sans succès. Mais n’étant pas rancunier, ils restèrent amis. Quelques années plus tard, la jeune fille en question lance l’association WRIP (Vous l’aurez compris, c’est Women Rockin’ Pamirs pour les intimes) avec des amies. Entre temps, le garçon en question est devenu mon ami, et apprenant que je m’apprête à partir vers l’Est, me vante ce joli projet. Le Tadjikistan, à l’époque, ça ne me disait pas grand chose. Et puis il fallait un visa alors que les pays à côté m’accueillaient d’un simple coup de tampon sur le passeport, et comme ils avaient aussi des hautes montagnes, j’ai laissé l’information dans un coin de ma tête et j’ai pris la route. Et puis quelques mois plus tard, la fille poste auprès de ses amis que l’association est toujours à la recherche d’une animatrice pour un camp pour adolescentes. L’ami en question pense tout naturellement à moi, et me transmet l’information. Et comme j’étais dans le coin, que le projet était chouette, et que j’ai réussi à convaincre la coordinatrice du camp que je pouvais gérer, j’ai été embauchée (comme volontaire hein!) et suis partie en direction de ce mystérieux pays pour emmener des adolescentes de la ville de Khorog poser la tente dans les montagnes, regarder les marmottes et les étoiles, comprendre la formation des montagnes et la pollinisation.

Mon premier stop au Tadjikistan fut dans le village de Karakul, perché à près de 4000m d’altitude, à cause d’un pneu crevé. On est déjà au mois de juin donc j’étais naïvement vêtue d’un short et d’un T-shirt, et fut donc assez désagréablement surprise par le vent froid qui m’a transpercée à la sortie de la voiture. Une invitation à boire le thé m’a vite réconciliée avec ce lieu qui n’est hospitalier que pour les yaks (oui oui, pour les vaches il y fait trop froid!), car ce fut l’occasion de goûter du beurre de yak salé, conservé depuis près d’un an, absolument délicieux, et qui se rapproche le plus de ce que j’appelle du fromage, que je n’ai pas mangé depuis maintenant fort fort longtemps.

J’étais fort contente néanmoins de constater que Khorog est une ville bien plus accueillante, où il y a même des arbres fruitiers, et où mes habits estivaux étaient adaptés, et ce fut un plaisir d’y vivre près de 3 semaines et de glâner quelques informations sur la faune, la flore et la géologie du Pamir.

Le saviez-vous ? Le loup et le léopard des neiges mangent d’abord les animaux malades, et préviennent ainsi la transmission des maladies aux troupeaux domestiques. Ils ont ainsi un rôle important sur la santé humaine. Le loup, quand il chasse, envoie les animaux vers les hauteurs et amène ainsi des victimes potentielles au léopard des neiges. On peut donc considérer que les deux ne sont pas des concurrents dans la chaîne alimentaire. Le glacier Fedchenko, le plus long du monde en dehors des glaciers polaires, avec ses 77km de long, contient un volume d’eau équivalent à environ un tiers du lac Erié. Quand les glaciers fondent et emportent avec eux une coulée de boue, ca ressemble à ça ! Les adolescentes (comme beaucoup de monde j’imagine) aiment beaucoup les fleurs mais n’aiment pas les insectes. Elles étaient contentes d’apprendre l’interdépendance entre fleurs et insectes.

Et pour finir, un petit compte-rendu de ma randonnée dans la vallée de la Bartang, de Rushan à Karakul, où avec mon ami Dima nous avons parcouru plus de 250 km à pieds en deux semaines ! Les paysages sont époustouflants, les montagnes imposantes, le climat sec et la route rocailleuse pas très accueillants, contrairement aux habitants des villages sur la route qui offrent le chir-choy, le traditionnel thé au lait salé, aux voyageurs de passage. Après Gudara, plus de village, et c’est en autonomie que nous avons parcouru les 80km suivants, avant d’être pris en stop pour une vingtaine de kilomètres par André, un savoyard sur la route.  Et comme le dit la chanson, un kilomètre à pied, ça use, ça use, un kilomètre à pied ça use les souliers. Alors 250 je vous dis pas !

[ENGLISH VERSION]

Women Rockin’ Pamirs, what’s that? It’s a French organization offering Tadjik women a course to become mountain guides. They have a fantastic website that tells you in details all their motivations that lead to the creation of this association. I’ll do a tiny resume here. 1. Men, even without any education, would feel legitimate to work as a tourist guide, women wouldn’t. 2. Tadjikistan is not known for its progressive view of women, so that they tend to still keep the household and take care of the children, so that they have little time to go hike in the mountains and even less to work there as a guide. 3. Tadjik women (or at least some of them) like to hike in the mountains and are interested in working as guides. Facing these facts, some French women created this association to allow women living in the Pamir mountains to receive a true education as guides in order to guide tourists.

What’s the link with me? First of all I find the project great enough to be mentioned without further justification. But since there is more to the story, I’ll tell it. Once upon a time lived a boy that courted a girl a lot without any success. As he was not resentful, they remained good friends. A few years later, that young lady created the association WRIP (You got it, that’s Women Rockin Pamirs for those in the know) with some friends. Meanwhile, the aforementioned boy became my friend and, when he learned that I’m on my way to the East, told me about this lovely project. Tadjikistan, in that time, didn’t mean a lot to me, and as it required a Visa while its neighbouring countries would welcome me directly with just a stamp on my passport, I forgot about it in a corner of my brain and hit the road. And then, a few month later, the aforementioned girl posted to her friends that the association is still looking for an animator for a teenagers’ camp. So that the aforementioned friend naturally thought about me and sent me the details of the position. And as I was in the neighbourhood, as the project was nice and as I managed to convince the camp coordinator that I could handle such a project, I got hired (as a volunteer of course!) and left for this mysterious country to take some teenagers of the city of Khorog to set the tent in the mountains, look at marmots and stars, understand the formation of the mountains and pollination.

My first stop in Tadjikistan was in the Karakul village, lying at almost 4000m of altitude, due to a flat tire. As it was already june, I was naively wearing shorts and a T-shirt and was very unpleasantly surprised by the cold wind that went through my skin as I exited the car. An invitation to drink tea soon reconciliated me with the place hospitable only to yaks (yes, yes, even for cows it’s too cold there), because it allowed me to try some salted yak butter, stored for almost a year, absolutely delicious, and that is the closest to what I call cheese that I have come across over the past few months…

I was nevertheless very happy to see that Khorog is a much more welcoming city, where even fruit trees grow, and where my summer clothes were suitable, so that it was a pleasure to be there for around 3 weeks and to get a few fun facts about Pamir’s fauna, flora and geology.

Did you know it? The wolf and the snow leopard first hunt the diseased animal so that they keep the transmission of diseases to domestic herds and hence indirectly protect human health. The wolf, when he’s hunting, sends the animals to the higher mountains, and hence brings some potential victims to the snow leopard. So that we can consider that they are not competitors in food chain but rather interdependent. The Fedchenko glacier, the longest in the world outside of polar glaciers, with its 77km length, contains as much water as one third of the Erie lake. When the glaciers are melting and take some landslides with them, it looks like this! The teenagers (like most people I guess) love flowers but don’t like insects. It was interesting for them to learn how they rely on eachother.

And to finish, a little story about my hike across the Bartang valley, fron Rushan to Karakul, where along with my friend Dima, we walked for over 250km in 2 weeks! The landscapes were breathtaking, the mountains impressive, the dry climate and the rocky road not very welcoming, unlike the people living in the villages on the road who are offering shir-shoy, the traditionnal salty milk tea, to the travellers passing by. After Gudara, no more villages, and we autonomously hiked the next 80km before André, a French man from Savoy region, took us with him for the last twenty kilometers.

 

 

Les Ouïghours – une minorité chinoise persécutée – The Uyghurs – a persecuted chinese minority

[ENGLISH VERSION BELOW]

Pour ceux qui n’auraient pas encore regardé la carte, un petit rappel : le Kirghisistan est frontalier de la Chine, et plus particulièrement de la région autonome ouïghoure du Xinjiang, la plus grande région chinoise, qui partage une frontière avec 8 pays : la Russie, la Mongolie, le Kazakhstan, le Kirghisistan, le Tadjikistan, l’Afghanistan, le Pakistan et la partie du Cachemire contrôlée par l’Inde. Autant vous dire que c’est une région stratégique, carrefour important sur la route de la Soie, et qui contient par ailleurs beaucoup de ressources naturelles. La région compte environ 22 Millions d’habitants, dont 45% de Ouïghours et 41% de Hans (peuple chinois dit « historique »).

Carte du Xinjiang avec pays frontaliers – Source Courrier International

Les Ouïghours sont un peuple turc d’Asie Centrale à majorité musulmane, comme les kirghizes, ouzbeks, kazakhs, tadjiks. Aujourd’hui j’aimerais vous en parler car ils sont actuellement persécutés et internés dans des camps par les autorités chinoises juste de l’autre côté des montagnes, tous comme les kirghizes et kazakhs vivant au Xinjiang. Grâce à une pression constante de la communauté internationale, la Chine reconnait officiellement l’existence de ces camps en octobre 2018. Elle les décrit comme des centres de formation professionnelle, avec pour objectif de lutter contre le terrorisme et l’extrémisme musulmans.

Cependant, selon les témoignages et vidéos recueillis, ces centres n’ont rien d’une école. Un reportage de Bitter Winter dont l’un des journalistes a réussi à filmer l’un des camps, montre que les infrastructures n’ont rien de celles d’une école et tout de celles d’une prison : les fenêtres sont munies de barreaux, il y a des caméras de surveillance jusque dans les toilettes, et il y a des zones en extérieur pour la promenade des étudiants-détenus.

Internée pendant 1 an, 3 mois et 10 jours, Gulbahar, citoyenne kazakh d’origine ouïghoure, témoigne de l’horreur des camps. (Je reprendrai tel quel certains éléments du témoignage indiqué, et dans les blocs de citation sont les mots de Gulbahar elle-même) Elle menait une prospère société d’imports-exports entre la Chine et le Kazakhstan et fut un jour appelée par son associée pour discuter business. A son arrivée, elle est accueillie par la police qui l’accuse de complicité de terrorisme pour avoir fait un virement d’environ 2200 euros à une société turque. Peu importe l’absence de preuve; Gulbahar est envoyée à « Sankan », une ancienne prison pour hommes d’Urumqi reconvertie en camp de « rééducation » pour femmes. Les gardes lui donnent un tee-shirt, un pantalon et un gilet orange et lui mettent aux pieds des lourdes chaînes qu’elle ne quittera plus, même pour se laver ou pour dormir. Dans une cellule de 7 mètres sur 3, elle rejoint une trentaine de détenues déjà entassées.

« Nous devions exprimer notre reconnaissance envers le Parti communiste qui se montrait si généreux, qui nous nourrissait et nous éduquait. Nous devions avouer nos fautes, notre trahison de ce parti si bienveillant. Dire que nous avions compris notre erreur et jurer d’être à l’avenir de fidèles citoyens chinois.

Ils voulaient qu’on renie notre culture, nos traditions, notre religion ; qu’on reconnaisse la supériorité de la Chine, de sa civilisation, de son développement.

Périodiquement, les détenues sont emmenées pour subir des interrogatoires musclés. On attend d’elles qu’elles avouent des crimes variés qui tous se résument à une opposition au Parti. Les femmes, attachées aux terrifiantes « chaises de tigre », sont alors soumises à des tortures, battues, électrocutées… Gulbahar a elle-même subi ces séances terrifiantes tous les trois mois.

Ils ont la hantise de la moindre pensée, du moindre geste qui échappe au contrôle du Parti. Ils veulent nous transformer en zombies sans âme, sans croyance, sans fierté, qui savent juste hurler : ‘Vive le Parti communiste chinois ! Merci à Xi Jinping pour ses bontés ! Je suis chinoise, je suis fière d’être chinoise !’

Gulbahar a été libérée grâce à une intervention de l’ambassade du Kazakhstan à Pékin, mais selon Amnesty International et l’ONU, un Million de Ouïghours était encore internés en 2018. Selon le chercheur indépendant Adrian Zenz, il s’agirait aujourd’hui de 1,5 Million de personnes enfermées, soit un musulman sur six de la province du Xinjiang.

En parallèle de ces camps, les chinois contrôlent également la liberté de mouvement, de pensée et de cultes des Ouïghours encore en liberté. Pour plus de détails, je vous renvoie vers l’article d’un journaliste chinois qui s’est rendu là-bas en décembre, traduit par Courrier International. Il raconte les rues désertes d’Urumqi et Kachgar, les marchés si peu fréquentés, où les Ouïghours doivent désormais présenter une carte d’identité afin d’y entrer, les bars fermés, vidés de clientèle. Il raconte aussi la détresse de certains fonctionnaires (han) dont les salaires sont gelés faute de budget, mais qui doivent néanmoins être disponibles 24H/24 et doivent assurer des visites à la famille puisque chaque fonctionnaire han se voit attribuer une famille ouïgoure qu’il doit rencontrer régulièrement – et surveiller, ce qui témoigne de la difficile cohabitation entre deux ethnies qui jugent n’avoir rien à se dire. Il raconte l’installation de postes de police de proximité à (littéralement) tous les coins de rue, la surveillance par reconnaissance faciale pour aller au travail, à l’école et aux quartiers résidentiels. Il raconte comment des exercices antiterroristes sont réalisés régulièrement dans les villages au cours desquels les agents de sécurité de garde et les bénévoles chargés du maintien de l’ordre au sein du village doivent se rendre au plus vite sur place pour gérer la situation, armés de bâtons et de lances acérées faites à partir de conduites d’eau en fer, et où les villageois jouant le rôle des terroristes sont sauvagement plaqués à terre.

Les touristes présents au Xinjiang voient également leurs mouvements contrôlés. Un voyageur que j’ai rencontré à Karakol m’a raconté son périple à vélo à travers le Xinjiang. Il raconte l’impossibilité de rentrer en contact avec les locaux, l’obligation de dormir dans les hotels indiqués par les autorités, et comment il a été filé pendant plusieurs heures par une voiture de police alors qu’il était à vélo avec son ami en direction du Kirghisistan.

Et pour terminer ce triste article, je relaterai la destruction de mosquées par le gouvernement chinois, comme raconté par Courrier International ici, dont la Mosquée Aitika de Yutian, comme raconté par Libération ici,  pourtant inscrite sur la liste des sites culturels et historiques nationaux du pays.

La Mosquée Aitika de Yutian, vieille de 800 ans, a été détruite  (Source : Libération) / The Mosque Aitika of Yutian, 800 years old, was destroyed.

 

[ENGLISH VERSION]

Note: the links indicated are in french, and I haven’t the time to find equivalent english sources, but I’m sure you can find lots of articles on it yourself.

For those you wouldn’t have had a look at the map yet, let me do little geographic reminder: Kyrgyzstan has a border with China, and more specifically with the Xinjiang Uygur Autonomous Region, the biggest Chinese region, which shares a border with 8 countries: Russia, Mongolia, Kazakhstan, Kyrgyzstan, Tadjikistan, Afghanistan, Pakistan and the Indian controlled part of Cashmere. Needless to say it is a strategic region, important crossroad on the Silk road, and who also happens to contains lots of natural resources. The area is inhabited by around 22 Million people, including 45% of Uyghurs and 41% of Hans (the so-called « historical » chinese ethnicity)

[See map: in red the spots where they have the internment camp, called « study classes »]

The Uyghurs are a turkish Central Asian nation predominantly Muslim, like the Kyrgyz, Uzbeks, Kazaks and Tadjiks. Today I want to talk to you about them because they are currently being persecuted and internated in camps by Chinese authorities just on the other side of the Mountains, just as the Kyrgyz and Kazaks living in Xinjiang. Thanks to increasing international pressure, China officially recognized the existence of those camps in October 2018. She describes them as Centers for Professional Education, with the main objective to fight terrorism and Muslim extremism.

However, according to the testimonies and videos obtained, those Centers have nothing in common with a school. A Bitter Winter investigation (video in English) shows a video of one of these Centers, proving that the infrastructures have nothing to do with those of a school and are just like those of a prison: the windows have bars on it, there are surveillance camera even in the toilets, and there are outside areas for the walks of the students-prisoners.

Interned for one year, three months and ten days, Gulbahar, kazakh citizen of Uyghur origin, is testifying of the horror of the camps. (I take directly excerpts of the article indicated (in french) and translate them. In the quotation blocs are the words of Gulbahar herself) She was having a prosperous import-export company between China and Kazakhstan when she was called by one of her associates to discuss business. At her arrival, she was welcomed by the police who accused her of complicity of terrorism for transfering around 2200 euros to a turkish company. Regardless the absence of evidence, Gulbahar is sent to « Sankan », a former men’s prison in Urumqi readapted as a « reeducation » camp for women. The gards give her a T-shirt, a pair of pants and an orange jacket and put some heavy chains to her feet that she won’t get rid of until her release, not even for washing herself or sleeping. In a cell of 7 meters over 3, she joins around 30 other detainees already packed there.

 

« We had to express our gratefulness to the Communist Party which was so generous, feeding and educating us. We had to confess our faults, our betrayals to this benevolent party. Say that we had understood our mistake and swear to be faithful Chinese citizens in the future.

They wanted us to disavow our culture, our traditions, our religion; that we acknowledge the superiority of China, its civilization, its development.

Periodically, the detainees are taken to suffer brutal interrogation. It is expected from them that they confess differents crimes that all consist in an opposition to the Party. Women, attached to the terryfying « Tiger Chairs », are then tortured, beaten, electrocuted… Gulbahar herself was suffering these terryfying sessions every 3 months.

« They are haunted by any thought, any gesture that would escape the control of the Party. They want to transform us into soulless zombies, without beliefs nor pride, that can only scream: « Long live the Chinese Communist Party! Thank you Xi Jinping for your goodness! I am Chinese, I am proud to be Chinese! »

Gulbahar was released thanks to an intervention of the Kazakh Embassy in Pekin, but according to Amnesty International and the UN, one Million Uyghurs were still interned in 2018. According to the independant researcher Adrian Zenz, the amount of emprisoned people are today around 1,5 Million people, that is every sixth Muslim of the Xinjiang province.

Parallel to these camps, Chinese also control the freedom to move, think or practise their religion of the Uyghurs still « free ». For more details, you can read (and translate) this article of a chinese journalist that went there in December [or you can check the work of an American researcher that is conducting a huge database on the victims, centralizing testimonies.] He tells about the deserted streets of Urumqi and Kachgar, the markets so little visited, where the Uyghurs now have to show an ID in order to get in, the closed bars, emptied of their clients. He also speaks about the difficulties faced by the government employees (including Hans) that do not receive their salaries because of a lack of busget, but who still have to ensure their duty of « visit to the family » as each han government employee must visit – and monitor – a Uyghur family, showing the difficult cohabitation of two ethnies who have nothing to say to eachother. He tells about the surveillance with facial recognition to go to work, to school, to the residential neighbourhoods. He talks about the antiterrorist exercises that are regularly organized in the villages in which the security agents and the volunteers in charge of maintaing order in the village have to rush to the place of the exercise to handle the situation, armes with sticks and lances made with steel waterpipes, and where the villagers playing the role of terrorists are savagely tackled to the ground.

The tourists going through Xinjiang also see each of their movements controlled. A traveller I met in Karakol told me about his bike trip through Xinjiang, how it is impossible to meet locals, mandatory to sleep in the hostels indicated by the authorities, and how he was followed for several hours by a police car as he was driving with his bike on the road to Kyrgyzstan with a friend.

And to finish this sad article, I want to mention the destruction of several mosques by the Chinese government, including the Mosque Aitaka of Yutian, despite it being listed in the cultural and historical national sites of the country.

 

 

Sur la culture nomade/ On nomadic culture

[ENGLISH VERSION BELOW]

Kazakhstan, pays de steppes, Kirghisistan, pays de montagne. Tous les deux tres marqués par leur passé de (semi-)nomade.

(Semi-)nomade ? C’est-à-dire qu’ils n’avaient pas de logement fixe et changeaient leur habitat pour trouver l’herbe la plus verte possible pour leurs animaux. Semi car pour certains la vie nomade ne se prête qu’en été, et l’hiver ils ont un chez soi fixe. C’est notamment le cas de beaucoup de kirghizes qui montent (aujourd’hui encore) dans les paturâges pour l’été avec leurs yourtes, chevaux, moutons et/ou vaches mais vivent dans des villages l’hiver. (C’est ce qu’on appelle la transhumance par chez nous.) Pour info, c’est le centre de la yourte qui est representé sur le drapeau du Kirghisistan.

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Le drapeau kirghize flotte sur les montagnes/ the kyrgyz flag is floating over the mountains

Mais aujourd’hui, que ce soit au Kazakhstan ou au Kirghisistan, la population est majoritairement sédentaire. Dans les montagnes on trouve des bergers qui sont payés par des villageois pour s’occuper de leur betail, et un berger garde les animaux de plusieurs personnes. Au Kirghisistan, environ 40% de la population vit de l’agriculture, c’est-à-dire de la vente d’animaux et de produits dérivés (laine, lait) et de la vente de fruits. Une famille qui veut envoyer un enfant étudier a l’université essaie de faire grandir son troupeau afin de le vendre au moment où l’enfant commence ses études.

La vie se fait encore beaucoup au jour le jour. Il est encore très courant de travailler comme journalier, et si en une journée suffisamment d’argent rentre pour la semaine, on attendra la semaine suivante pour travailler à nouveau. C’est peut-être un peu exagéré mais ca donne une idée : par exemple, même si chaque année les parents doivent acheter l’uniforme pour leurs enfants, chaque année ce n’est qu’au 31 aout qu’ils s’inquiètent de comment payer les uniformes. L’autre face du probleme, c’est que s’ils ont besoin d’argent, ils font un crédit a la banque. Et par ce même principe, ils se retrouvent à payer des taux astronomiques car ils font des crédits sans avoir de plans de remboursement. Et s’ils ne peuvent plus rembourser, c’est leur maison qu’ils perdent.

Le cheval est partie intégrante de la culture du pays. C’était a cheval qu’on se déplaçait, et transportait notamment la yourte, maison amovible en bois et feutre. C’est aussi à cheval que le berger garde son troupeau. Les juments sont traites pour fabriquer du  kymyz, leur lait qui est fermenté, légèrement alcoolisé. Et ici pas de scandale si on trouve de la viande de cheval dans les lasagnes, ca fait partie intégrante du menu. C’est également l’animal central du célèbre jeu « bouzkachi », populaire sous différentes formes dans les pays d’Asie Centrale, où des cavaliers se battent pour mettre le cadavre d’un bouc dont on a coupé la tête dans un trou après lui avoir fait décrire un certain trajet. J’en profite pour vous inviter a lire Les Cavaliers de Joseph Kessel, un livre absolument magnifique sur le bouzkachi en Afghanistan avant que le pays ne soit ravagé par la guerre, qui vous racontera ce sport de facon poétique et à vous prendre aux tripes. Sinon je vous recommande l’excellent article sur les World Nomad Games qui se sont tenus l’an dernier dans la vallée à côté de Grigorievka, ou ils ont fait une super vidéo, notamment d’une version du bouzkachi.

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Une yourte/ a yurt

Aujourd’hui, si on trouve toujours les bergers à cheval dans les montagnes, on y trouve aussi les attrape-touristes qui peuvent se montrer bien insistants pour essayer de vendre un tour à cheval. Ils sont accompagnés de leurs amis les (ex-)chasseurs a l’aigle qui proposent de faire une photo avec leur animal. Si vous venez vous promener dans ces contrées, je vous invite donc à faire attention aux conditions de traitement des animaux. Car s’il est beau de voir les animaux paître gaiement dans les prairies, il est moins beau de les voir les deux pattes avant liées afin de les empêcher de s’en aller trop loin, avec dans certains cas la peau à vif car la corde est vraiment trop serrée.

Le côté nomade à aussi laissé certaines traces dans la gestion des déchets. A l’epoque, comme ils changeaient de campement, au moment du départ ils pouvaient laisser sur place tous les déchets qu’ils avaient, qui étaient biodégradables, et qui ne seraient plus visibles l’année suivante. Aujourd’hui, avec la même nonchalance, ils jettent toute sorte de déchets par terre, qui ne sont malheureusement plus biodégradables. On peut ainsi trouver des petits tas d’amiante un peu partout dans le village, des emballages de bonbons partout, des bouteilles plastiques dispersées dans les montagnes. Un parent ne réprimandera même pas son enfant s’il le voit jeter un papier par terre puisqu’il trouve cela normal lui-même.

A table, la viande occupe une place centrale, puisque c’est la ressource par excellence, le terrain montagneux ou les steppes combinés à une vie nomade se prêtant moins à l’agriculture, et les végétariens sont un peu vus comme des extraterrestres par les locaux. Il n’empeche que de nombreuses variations des plats a base de viande ont vues le jour et il est aujourd’hui facile de trouver une option sans viande, souvent à base de patates, chou et carottes. Sans oublier le Achlyam Fu, une soupe froide absolument délicieuse.

Si vous êtes de passage dans le pays, je recommande la visite du musée d’histoire de Karakol où se trouve une exposition photo permanente des photos d’Ella Maillart, grande voyageuse suisse, lors de ses voyages en Asie Centrale au début du 20eme siècle qui donnent une superbe idée de ce qu’était le pays avant que les soviétiques ne prennent le contrôle. Et si vous avez envie de vous évader sans avion, vous pouvez vous procurer un de ses livres, Des monts célestes aux sables rouges ou bien Oasis interdites dont est tiré la citation suivante :

Soudain je comprends quelque chose : je sens maintenant, par toute la force de mes sens et toute celle de mon intellect, que Paris n’est rien, ni la France, ni l’Europe, ni les Blancs… Une seule chose compte, envers et contre tous les particularismes, c’est l’engrenage magnifique qui s’appelle le monde.

Je n’ai malheureusement pas trouvé de librairie qui vende ses livres en francais, je prends donc mon mal en patience et lis en ce moment Il fut un blanc navire de Tchingiz Aitmatov, qui raconte la vie d’un garcon dans les montagnes kirghizes au bord du lac Issyk Kul. Je lis en russe donc je lis doucement, mais je le recommande chaudement. L’auteur est tres populaire et c’est lui également qui a ecrit Djamila, une histoire d’amour traduite en francais par Louis Aragon.

 

[ENGLISH VERSION]

Kazakhstan, country of stepps, Kyrgyzstan, country of mountains. Both full of their (semi-)nomadic past.

(Semi-)nomadic ? That is to say they had no fixed place where they lived and moved across the country to find the greenest possible grass for their animals. Semi because for some of them, the nomadic life was only during summer time, in winter they would live in a determined place. This was the case for lots of Kyrgyz people who are, today still, setting up their yurts in the jailoos during summer time, from may to september, with horses, sheeps and/or cows but are living in villages during winter time. (That’s what we are calling transhumance, we just have no yurts). FYI, it’s the center of the yurt that is represented on the Kyrgyz flag. [see photo]

But today, may it be in Kazakhstan or Kyrgyzstan, the population is mainly sedentary. In the mountains, you will find lots of shepherds payed by the villagers to take care of their herd, so that one shepherd is taking care of the animals of several families. In Kyrgyzstan, around 40% of the population is living from agriculture, that is from sales of animals or related products (wool, milk) and fruits. A family that wants one kid to study at university tries to increase the size of her herd and sells it at the time the kids will start its study.

Life is still a lot on a day to day basis. It is still very common to work as a day labourer and when enough money is earned in one day to provide for the family for the week, one will wait the next week to work again. It is slightly exaggerated, but it gives a good idea of the reality they live in: for example, even if each year the parents have to buy the uniform for their kid, each year they wait for the 31st of August to worry how they will pay for the uniform. The other side of this problem is that when they need money, they take a credit at the bank. And so they end up paying crazy interest rates because they have no plan on how to pay back the money. And when they can’t pay anything anymore, they lose their house.

The horse is fully part of the culture of the country. They used to travel by horse, transport the yurt (removable house made of wood and felt) by horse, guard the herd with the horse. The mares are milked to produce kymyz, a fermented milk that is very healthy. And here, no scandals if you would find horse meat in the lasagna, it’s fully part of the menu. It is also the central animal of their famous buzkashi game, very popular in all Central Asia, where horsemen are fighting to put the dead body of a goatee whose head has been cut of in a hole after his having done a certain predefined route. For a more poetic and precise description of the rules, I invite you to read the Horsemen, book written by Joseph Kessel, absolutely marvellous, talking about buzkashi in Afghanistan before the country was wracked by the wars.

Today, if you still find the shepherds on their horses in the mountains, you will also find some « tourist-catchers » (I don’t know if there is a proper translation for this term) trying to sell you a horse tour. They are accompanied by their friends the former eagle hunters that want you to pay to take a photo with their animal. If you come for a walk in the area, I invite you to be careful on the way animals are taken care of. Because if it is beautiful to see the herds happily graze the grass in the jailoos, it is less beautiful to see them walk with their front legs bounded to keep them from walking too far away, their skin sometimes almost bleeding because the rope is too tight.

[see photos]

The nomadic life has left some footprints in the way they manage waste. In the past, as they changed place, they left on spot their waste as everything was organic, and they wouldn’t find it the next year. Today, with the same carelessness, they throw their garbage from the window, on the street or in the mountains, although they are unfortunately no more biodegradable. So walking through the village you can find some asbestos lying around, candy papers flying around everywhere and plastic bottles near a beautiful source of water in the mountains. And a parent will not say anything to his kid if he witnesses this kind of behaviour as he considers it being totally normal himself.

On the table, meat occupies the central spot, as it is the ultimate product, the mountains or steppes combined to a nomadic life being less suitable for agriculture, so that vegetarians are looked at like aliens. Nevertheless, a lot of meat based food has now a vegetarian equivalent with potatoes, cabbage and/or carrots. And let’s not forget Ashlyan Fu, a delicious cold soup.

And again, if you happen to be around the country, I recommend the visit of the history museum in Karakol where there is a permanent photo exhibition of the photos of Ella Maillart, a great swiss traveller of the beginning of the 20th century, whose photographs of Central Asia give a great idea of what the countries here used to be before Soviets took over. And if you wish to travel planeless, you can get one of her books, Turkestan Solo or Forbidden Journey from which I took the following excerpt:

Suddenly I understand something: I now fell, by all the strength of my senses and all the strength of my intellect, that Paris is nothing, neither France, nor Europe, nor the White people… Only one thing matters, in spite of all particularities, it is a beautiful spiral called the world.

I have unfortunately found no library selling her books in french, so I will wait to read it myself and [edit as two months have past] have just finished The White Steamboat written by Chyngyz Aitmatov, telling the story of a little boy in the mountains around the Issyk Kul lake. I read it in Russian so it took a while, but I warmly recommend it, it will give you a great insight into Kyrgyz culture. The writer is very popular and he was the one who wrote Jamila, a love story translated into french by the French writer and poet Louis Aragon.

 

 

Grigorievka – l’histoire d’un village kirghize / the story of a kyrgyz village

[ENGLISH VERSION BELOW]

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Bel Zhan – un petit paradis – a little heaven.

[desolee, je n’ai pas les accents sur cet ordinateur]

Je suis actuellement a Grigorievka, au Kirghizistan, ou, derriere un portail qui ne paie pas de mine, se trouve un magnifique jardin rempli de yourtes pour accueillir les voyageurs de passage. J’y ai trouve un petit livre ecrit par Matthijs Pelkmans, « histoires de Grigorievka » sur lequel je me base pour vous raconter l’histoire de ce village.

Mais commencons peut-etre un peu avec un cadre un peu plus general. Le Kirghizistan, ancienne republique sovietique, independante depuis 1991, est un pays compose a plus de 90% de montagnes. C’est en partie la chaine du Tian Shan, deuxieme plus grande chaine de montagnes du monde derriere l’Himalaya, et le pic de la victoire (победы)  culmine a 7439m d’altitudes. C’est une destination de choix pour les amoureux de la nature !

Quand a Grigorievka, le village se situe au nord-est du pays, au bord du lac Issyk-Kul, qui signifie « lac chaud » en kirghize, parce qu’il ne gele pas en hiver, malgre son altitude
(1620m) et les temperatures tres froides associees. Cela est du au fait qu’il soit legerement sale. Une belle legende permet de l’expliquer.

La belle Cholpon etait courtisee par deux garcons, et ne savait qui choisir. Les deux commencerent a se battre, et par un jeu d’alliance a la Montaigu contre Capulet, une guerre civile dechira bientot le village. Cholpon, qui avait le coeur tres genereux, ne put souffrir que les gens de son village s’entretuent a cause d’elle et elle se suicida. Cela causa a son pere une tristesse enorme dont les larmes formerent le lac Issyk Kul.

Mais revenons a Grigorievka donc. Le village fut fonde en 1912 par un russe du nom de Grigori. Son role n’est pas clair. Les villageois hesitent entre un pretre ou un simple russe qui, etant le plus eduque de tous les colons, est alle faire les demarches pour la creation du village. Auparavant, Grigorievka etait un lieu deja connu des kirghizes, mais ceux-ci etant un peuple nomade, ils n’y avaient pas de residence permanente.

En 1916, alors que de plus en plus de russes viennent s’installer et veulent prendre possession des terres que les kirghizes utilisaient habituellement comme paturage pendant l’hiver, avec l’accord du tsar, le ressentiment de la population « locale » envers ceux qu’ils voient comme des envahisseurs grandit. Le decret tsariste de 1916 visant a envoyer des hommes kirghizes comme ouvriers sur les lignes de front contre l’Allemagne est la goutte d’eau qui fait deborder le vase. Les kirghizes se revoltent et massacrent plus de 2000 russes.

La reponse est sans appel : le tsar envoie les cosaques avec ordre de tuer tous les Kirghizes se trouvant sur leur passage. Cela fait des milliers de victimes et conduit a un exode massif des Kirghizes vers la Chine, qui ne reviendront qu’a partir de 1920 alors que les bolcheviques ont pris le controle total du territoire. Durant cet exode, beaucoup sont morts de faim ou de froid, et ceux arrives a destination devaient travailler comme esclaves pour de riches ouigours, Kalmyks ou chinois. A ce titre, on peut dire que la revolution d’octobre a sauve le peuple kirghize.

La seconde guerre mondiale, ici Grande Guerre Patriotique puisqu’il faut se souvenir qu’elle a fait plus de morts de l’Union Sovietique que de tous les pays de l’Alliance et de l’Entente reunis, a aussi marque le village, malgre la distance avec l’Europe. 787 des 4000 habitants furent envoyes au front, 436 devaient ne pas revenir.

Sur l’ere sovietique, beaucoup aujourd’hui en parlent avec nostalgie. Ils se souviennent d’une epoque prospere ou regnait l’ordre et la securite. Par exemple, le village etait dote d’un hopital avec 100 lits, avec un service de pediatrie, une maternite, un dentiste, un laboratoire, une salle d’urgence, une cantine et une cuisine. Aujourd’hui, seule une aile est occupee par deux medecins generalistes, et le vrai hopital le plus proche est a Bishkek, a 300km. Dans un livre ecrit par trois habitants du village, on peut lire :

Nous vivions en harmonie, comme une grande famille internationale… Avec tout le village, nous avons atteints la victoire grace au travail en temps de paix. Beaucoup de villageois portaient avec fierte les medailles de « Heros du travail socialiste », de l' »Ordre de Lenine »,…

La ferme collective (kolkhoze) avait egalement une place essentielle dans le village et etait source de fierte. Chaque famille en profitait. La securite alimentaire etait garantie. Pendant plus de 60 ans, ils ont produits ensemble.

Suite a la chute de l’URSS, le village a connu une grande crise, car il n’y avait plus d’argent de Moscou, plus de marche a l’exportation, une coupure dans les chaines de production, et moins de touristes au bord du lac Issyk-Kul. Cela entraina l’apparition du chomage accompagne de sentiments d’insecurite, d’inutilite et de vulnerabilite, ainsi qu’un retour a l’agriculture de subsistence. « Nous sommes tous fermiers maintenant », dirent des enseignants a la retraite. Quant aux russes, ayant perdu leur statut dominateur, ils ont pour beaucoup decide de partir et reconstruire leur vie ailleurs.

Aujourd’hui, on assiste a une certaine renaissance religieuse avec a nouveau une eglise orthodoxe dans un batiment ayant auparavant appartenu au kolkhoze, ou encore une madrassah, ecole ou les etudiants etudient le Coran, qui sert egalement d’orphelinat. Les ethnies sont encore tres importantes, et les mariages metis, entre russes et kirghizes, sont peu frequents, surtout si une femme kirghize voudrait epouser un russe, puisque la transmission de l’ethnie se fait par le pere. Sinon, on trouve etonnamment beaucoup de containers a Grigorievka, ou l’on peut trouver par exemple un magasin de materiel scolaire ou un imprimeur-graphiste.

On trouve beaucoup d’arbres fruitiers, qui sont aujourd’hui en fleurs, et l’on dit plus generalement que les produits qui viennent des environs sont « ecologiquements purs », l’equivalent local du bio. Cependant, ici ils brulent tout, bois, plastique et charbon, rendant l’air difficilement respirable en hiver quand les poeles tournent a plein regime.

Voila donc pour un apercu du village qui m’accueille pour un mois et demi, et qui donne aussi une petite idee de l’histoire du pays.

 

 

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Une vache qui pose apres s’etre desalteree dans le lac Issyk-Kul – A cow posing after having drunk from the Issyk-Kul

[ENGLISH VERSION]

I am currently in Grigorievka, in Kyrgyzstan, where behind a gate that isn’t extraordinary, you can find a heaven’s garden full of yurts to welcome the travellers travelling around. I found there a little book written by Matthijs Pelkmans, « stories from Grigorievka », on which I am basing to tell you the story of this village.

But let’s maybe start with a more broader frame. Kyrgyzstan, former soviet republic, independant since 1991, is a country made by more than 90% of mountains. It is a part of the Tian Shan mountains, second biggest mountains in the world after the Himalayas, and the victory peak (победы) is located 7439m above sea level. It is and should be a priviledged destinations for the lovers of nature.

As for Grigorievka, the village is located in the North-East of the country, near the  Issyk-Kul lake, which litteraly means warm lake in kyrgyz language because it doesn’t freeze despite its altitude (1620m) and the cold winter. This is due to the fact that it is slightly salty, and a beautiful legend can explain that.

The beautiful Cholpon was loved and seduced by two boys, and she didn’t know which one she should chose. The two boys started fighting, and through a set a alliances like the Montague against the Capulet, a civil war soon threw the village apart. Cholpon, who had a very generous and loving heart, could not stand seeing the beloved people of her village kill one another because of her and she committed suicide. This made her father so sad that his tears filled up the Issyk-Kul lake.

But let’s get back to Grigorievka. The village was founded in 1912 by a Russian who’s name was Grigori. His function is not so clear and the people from the village are not sure whether he was a priest or just the most educated of all the Russian settlers and therefore sent to do the administrative paperwork to create the village. Before that, Grigorievka was already known from the kyrgyz people, but as they were nomads, it wasn’t a permanent settlement.

In 1916, as more and more Russians came to settle and claim ownership of the lands that kyrgyz people used to use as meadows for their animals in the winter time, with the authorization of the Tsar, led to increasing tensions between « local » kyrgyz people and Russians. The Tsarist decree of 1916 requiring kyrgyz men to work as labourers behind the front lines in the war with Germany was the straw that breaks the camel. The kyrgyz started to revolt and killed over 2000 Russians.

The retaliation is terrible: the tsar sends the Cossaks with the order to kill all the Kyrgyz on their way. There are thousands of victims and many Kyrgyz decide to flee to China, to come back only in the 1920s when the Bolcheviks have gained total control on the territory. During this exodus, many died of starvation or cold, and those who arrived to their destination had to work as slaves for rich Uyghurs, Kalmyks or Chinese. To that extent, it can be said that the October Revolution saved the Kyrgyz people.

The Second World War, which is here called the Great Patriotic War, as we have to remember that it caused more death in the Soviet Union than in all allied and axis countries combined, reached Grigorievka severely, despite the distance to Europe. 787 of the 4000 inhabitants of the village were sent to the front, 436 should never come back.

On the Soviet Era, many speak of it with nostalgia. They remember a quiet time with order and security. For example, the village had a hospital with 100 beds, and consisted of a children’s and therapy ward, a maternity ward, a dentist, a laboratory, an emergency unit, a canteen and a kitchen. Today, only one of its wings is occupied by two general practitioners., and the closest hospital would be in Bishkek, 300km away. In a book written by three inhabitants of the village, one can read :

 

We lived in harmony, as one large international family… with the entire village we achieved victory in peacetime labour. Many villagers wore on their chests with pride the medals Hero of Socialist Labour, the Order of Lenin…

The collective farm (kolkhoz) also had an essential place in the village, it was something to be proud of. Each family would benefit from it and food security was guaranteed. For over 60 years, they produced food together.

After the collapse of the USSR, the village got into a big crisis, as money from Moscow was no longer flowing in, the export market disappeared, the production chain was broken and much less tourists came to the Issyk-Kul lake. This lead to unemployment, accompanied with feelings of unsafety, uselessness and vulnerability, as well as to the return to subsistence farming. « We are all farmers now » exclaimed several retired teachers. As for the Russians, having lost their dominator’s statut, lots decided to leave and start their lives again elsewhere.

Today, we assist to a certain religious revival, with a new orthodox church in a former kolkhoz building, or a madrassah, a school where the students study the Koran, and also functions as an orphanage. The ethnies still play a big role in society, mixed marriages between Russians and Kyrgyzs are seldom, especially if a Kyrgyz woman would want to marry a Russian man, as ethny is transmitted through the father line. Otherwise, we find a lot of containers in Grigorievka, where one can find for instance a shop of school material or a printing office.

There are a lot of fruit trees, right now flowering everywhere, and more generally, they say the products from the area are ecologically clean, which would be the local equivalent for organic. However, they tend to burn everything here, wood, coal and plastic, so that the air is hardly breathable in the winter.

That’s it for an insight into the village where I will have spent one and a half month, and I think it gives a little idea of the history of the country.